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Kama Sywor Kamanda, l’Afrique en héritage

Kama Sywor Kamanda, l’Afrique en héritage
“Mais il nous reste encore l’espoir. La difficulté d’accéder au bonheur n’exclut pas la quête”

Au-delà de Dieu, au-delà des chimères – Essai – Kama Siwor Kamanda – 2007

 

C’est le sentiment qui flotte encore dans l’air, après que Kama Sywor Kamanda ait répondu à notre dernière question. Le combat est loin d’être achevé, l’objectif atteint mais la route est parsemée de tant de fruits, le cheminement de l’auteur fécond, éclairé de milles boussoles, donne à espérer, à se réjouir et à apprécier.
Entretien généreux avec Kama Sywor Kamanda, qui vient de publier TOUTANKHAMON, aux éditions Dagan. Récompensé à juste titre, de nombreux prix de prestige (dont le fameux Prix Hérédia de l’Académie Française en 2009 ou le Grand Prix littéraire d’Afrique Noire en 1991 ou encore le Prix du Poète du millénaire 2000 de l’International Poets Academy en Inde en 2000…), ce brillant homme de plume nous enchante.

FP: Kama Sywor Kamanda, bonjour. Vous êtes poète, conteur, dramaturge, romancier et également journaliste. Vous avez à votre actif une dizaine d’ouvrages, un millier de poèmes. Votre premier ouvrage est paru en 1967 [Les Contes des veillées africaines, ndlr…]. Comment est née en vous l’envie d’écrire?

Kama Sywor Kamanda: Quand j’étais enfant, on a eu la chance de recevoir en classe [il a étudié dans une école jésuite, ndlr…] la visite d’un écrivain étranger, en réalité un prêtre jésuite. Il écrivait des contes africains. En discutant avec lui, de fil en aiguille, il m’a avoué sillonner le Congo et l’Afrique en général pour collecter des contes africains. C’est à ce moment que je me suis passionné pour la mémoire collective et le fait de la transmettre, génération après génération, par l’écrit. C’est de là que m’est venue l’envie d’écrire un jour; j’avais 7 ans. A 10 ans, j’ai commencé à écrire pour moi, sans jamais rien montrer à personne. Je voudrais d’ailleurs en profiter pour remercier mon professeur de français qui m’a donné les outils nécessaires pour progresser, à commencer par la maîtrise de la lanque française. Et puis un jour, à l’âge de 14 ans, j’ai eu l’idée de faire publier ce que j’avais écrit jusque là… recueil que j’ai d’ailleurs conservé. Voilà comment mon envie est née de la volonté de transmettre une part du passé africain.

FP: Vous êtes originaire du Congo, de civilisation bantoue et vous mettez un point d’honneur, oeuvre après oeuvre, à sensibiliser votre lectorat à la culture et aux traditions du Congo et de l’Afrique en général. Vous êtes désireux de faire découvrir un patrimone immense, une Histoire et une spiritualité riches, une langue plurielle et un imaginaire merveilleux….

KAMA SYMOR KAMANDA    (76)
Kama Sywor Kamanda
Kama Sywor Kamanda et Mme Hélène Carrère d'Encausse
Kama Sywor Kamanda et Hélène Carrère d’Encausse de l’Académie française.
avec aimé césaire
KS Kamanda et Aimé Césaire. 

KSK: Un peuple évolue en fonction de sa participation à la culture, d’abord régionale, nationale puis universelle. Il est d’une grande importance pour nous, Africains, de pouvoir participer à l’évolution du monde par nos cultures. Cela m’a donné l’occasion, à travers nos différents genres littéraires, de comprendre quels étaient nos points forts, quels étaient nos points faibles.

La littérature m’a donné la chance aussi de pouvoir mieux analyser la société dans laquelle je suis né et dans laquelle j’évolue. Ayant pris connaissance de toutes ces données, ma contribution à la partie universelle, à travers la littérature, s’est faite surtout à cause d’un souci de la méconnaissance de l’Afrique et nous avons la charge de mieux la faire connaître. J’écris des contes pour faire rêver, pour donner des modèles aux enfants qui ont besoin de se projeter dans le futur et de se situer dans la vie.

Ma poésie veut offrir en partage la richesse des émotions, la richesse des expériences humaines et émotionnelles. Quant au roman, c’est pour moi une façon de dire la vérité sur l’Afrique. Malheureusement, ceux qui se disent historiens, qui se prétendent grands intellectuels de l’Afrique ne connaissent même pas l’histoire du continent, ne voyagent pas à l’intérieur de leur continent, ne se donnent pas la peine de partager le quotidien des gens.

Personnellement, j’ai beaucoup voyagé en Afrique, j’ai fait pratiquement toute l’Afrique australe, je suis allé chez les Massaïs du Kenya et de Tanzanie, j’ai partagé avec les Bochimans d’Afrique du Sud, j’ai vécu quelques temps avec les Himbas dans le désert du Kalahari, en Namibie, j’ai côtoyé plusieurs populations autochtones et ces gens d’une très grande culture vous enrichissent de leur sagesse et ne demandent qu’une chose: sortir de certains aspects folkloriques, (dans lesquels voudraient les cantonner certains gouvernements africains) pour entrer dans la modernité.

C’est aussi mon combat. A travers mes romans, je traite de problèmes que personne ne veut dire, que personne ne veut voir… Problème de dictature, de manque de transparence dans la gestion des biens publics, de racisme… c’est urgent de rendre à l’homme noir et à la femme noire leur liberté afin de mettre un terme définitif à l’esclavage et à la colonisation. Il est primordial de leur donner les outils de contrôle financier, par exemple, des banques noires, créées et dirigées par des Noirs, pour les Noirs, afin de pouvoir disposer de crédits et pouvoir épargner. Nous n’en avons pas aujourd’hui, même aux USA. Il est impératif de cesser la politique de mépris de la “main tendue” et de créer nos propres instruments financiers pour contrôler notre argent, pour contrôler le commerce, pour contrôler notre vie, pour briser les chaînes de l’esclavage liées par l’argent et regagner l’indépendance et le respect qui nous est dû.

FP: Votre oeuvre prolifique est encensée, souvent saluée par la critique, vous bénéficiez d’une reconnaissance internationale soulignée par de nombreux prix et vous êtes source d’inspiration pour nombre d’auteurs. A supposer que cela soit possible, y-a-t-il une gratification qui vous tienne particulièrement à coeur, qui vous rende fier?

KSK: C’est surtout d’avoir apporté ma petite pierre à une nouvelle image de l’Afrique; c’est très important pour moi. Etre un écrivain africain, traduit dans le monde entier, contribue à cette belle image que nous essayons de donner de l’Afrique. Ecrire la vraie Afrique, l’Afrique profonde… Mes contes nous amènent dans l’imaginaire mais mes romans nous ramènent dans la réalité africaine d’aujourd’hui.

C’est donc un choix littéraire, pas facile à assumer, confronté aux pouvoirs coloniaux, néo-coloniaux existants, à qui je ne plais pas du tout. Aujourd’hui, je peux me considérer comme le seul écrivain africain, grand classique enseigné dans le monde entier depuis plus de 30 ans, classique de la littérature française depuis plus de 10 ans et pourtant peu me connaissent sur le continent! Mais bon, je ne cherche pas à ce que les gens me reconnaissent non plus…

L’important pour moi? C’est que mon combat est gagné, celui de donner une image positive de l’Homme noir, une image positive de l’Africain, dire que nous ne sommes ni meilleurs ni pires que les autres mais qu’on nous laisse faire notre propre chemin, avec nos moyens. Parmi ces moyens, je prône le respect des droits de l’homme, l’indépendance financière de l’homme noir… Ma fierté à moi, c’est celle-là, que les Africains puissent avoir accès à mon oeuvre, qu’ils puissent changer leur mentalité et créer des institutions qui leur permettent de se développer chez eux.

FP: Aujourd’hui, vous publiez une nouvelle oeuvre, TOUTANKHAMON (bientôt suivie de CANDACE 1ère – le 16 novembre prochain). Une tragédie, une première du genre?

KSK: Ah oui! ça aussi, c’est un problème assez étrange. Tout le monde, toutes générations, toutes races, tous continents confondus, connaît Toutankhamon mais bizzarement, jamais personne n’a écrit sur Toutankhamon, roi noir. Personne n’a jamais écrit sur nos rois égyptiens, nubiens, éthiopiens. Et ainsi le peuple noir n’a pas de références historiques.. Et pourtant il s’agit du peuple premier ayant créé la première civilisation universelle, à l’origine des tout premiers caractères de l’Histoire, à l’origine de la médecine, de l’architecture en matériau dur. Nous avons oublié qui nous sommes, d’où nous venons… Beaucoup sont encore convaincus que nous sommes descendants des Gaulois… Ca pose problème. Je connais mes racines, je les revendique et j’ai écrit pour rendre hommage à mes ancêtres, j’ai écrit pour rendre hommage à l’Afrique, inciter les gens à visiter profondément le continent.

Couv K
Toutankhamon, Tragédie

FP: L’Egypte est, comme vous aimez à le dire, l’une des sources premières de votre inspiration… Pour les raisons que vous venez d’invoquer?

candace couv
Candace 1ère, Tragédie

KSK: Oui en effet et aussi par mes racines familiales. Ma famille a émigré au Congo pendant la colonisation belge.

FP: Epris de justice, meurtri par la souffrance des populations luttant pour leurs droits et leurs libertés, dans des pays entravants, voire plus, votre plume veut être synonyme d’espoir aussi….

KSK: Dans mes écrits, en effet, je tente de proposer des solutions, je ne critique pas. Quand je dis qu’il faut libérer les finances de l’homme noir, pour qu’il soit à l’abri de tout esclavage, de tout racisme, de toute pauvreté, pour que nos enfants soient tous bien éduqués, pour que tous aient un travail, c’est un combat mais c’est aussi et surtout un chant d’espoir.

FP: Pour “Femmes au Pluriel”, vous qui êtes le chantre des vertiges de l’amour et de la vie, le maître de la métaphore, “l’âme perdue entre les rêves et les illusions, les joies et les peines du monde africain”, quelle serait votre définition de la Femme de nos jours? Quelle est sa place dans le monde aujourd’hui, selon vous?

KSK: Moi, je suis le “fils de sa mère”, je suis vraiment “le fils de sa mère”… Sans ma mère, je ne serais pas devenu ce que je suis devenu. Ma mère était une combattante, une grande militante. Grâce à ma mère, j’ai connu mon aïeule qui m’a révélé que nous avions émigré ici [Congo, ndlr…]. Elle n’était pas née au Congo. Mon père lui l’était. C’est à partir de mon père que nous sommes devenus congolais. Je suis donc congolais de la 3ème génération. C’est mon aïeule qui a sauvegardé la mémoire du passé. Elle m’a pris sous son aile et me parlait régulièrement de chez nous, de qui nous étions, d’où nous venions. Nous avons d’ailleurs amené au Congo plusieurs milliers de personnes.

En conclusion, pour moi, la femme, c’est l’image de ma mère; une personne qui m’a donné vie, qui m’a donné la force de me battre contre les éléments et aussi la force de me battre contre les épreuves de la vie. C’est grâce à ma mère que j’ai pu comprendre que l’éducation devait rester au centre de la vie de tout un chacun. Etre éduqué, cultivé, tient éloigné de la barbarie, des problèmes. On a besoin des intellectuels et on ne s’attaque pas à eux. C’est pourquoi j’encourage tous les jeunes Africains à toujours chercher à s’instruire. Grâce à ma mère, j’ai pu avoir une meilleure éducation, une solide culture intellectuelle et c’est grâce à elle si aujourd’hui je donne des cours et des conférences dans les universités du monde entier et ce, depuis 30 ans.

C’est d’ailleurs aussi en hommage à ma mère que j’ai écrit Toutankhamon et Candace 1ère [la reine nubienne Amanishakheto, ndlr…] qui sort dans quelques temps. Candace, c’est précisément l’image de cette femme courageuse qu’a connu l’histoire de l’Afrique, celle qui a gagné la guerre contre les Romains. C’est grâce à Candace que l’Afrique centrale, jusqu’à l’Afrique du sud, a évité la colonisation romaine, après l’occupation de l’Egypte. Elle a battu le plus célèbre des empereurs romains depuis César, l’empereur Auguste César! Et pourtant, elle a été effacée de tous les dictionnaires. Candace, cette femme africaine qui refusa en son temps que les siens tombent sous l’esclavage et la colonisation. C’est grâce à nos mères que nous devenons ce que nous sommes. Si nos mères nous donnent une bonne éducation, nous pouvons aller plus loin. Ma mère m’a donné toutes les qualités que j’ai aujourd’hui. Quant à mes défauts, je crois que je les ai ramassé dans mes propres vagabondages, (rires) !

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KS Kamanda et Wangari Maathai, Prix Nobel de la Paix. 

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