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Quand la rumeur prend l’habit de l’information…

Quand la rumeur prend l’habit de l’information…

L’époque est à la course contre la montre et le monde des médias en subit la pression jour après jour.

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Les journalistes se sont pliés au rythme des réseaux sociaux et autres bloggeurs et c’est à qui réagira le premier à une nouvelle information, avant même la vérification nécessaire à tout support, digne de ce nom. Il y a comme une injonction impérieuse à commenter les rumeurs ou les faits bruts. Les commentaires, dans le seul but d’occuper l’espace-temps, sont la norme, comme le montrent à longueur de journée, les chaînes «d’informations» en continu.
Si on osait, on pourrait parler de commérage institutionnalisé, dissimulé sous le pompeux et trop large manteau de l’information. Ceci étant posé, quelle serait la bonne attitude à tenir? Taire les rumeurs, les faits non vérifiés jusqu’à ce qu’une analyse complète soit possible? Ce serait l’idéal si tous les médias obéissaient à la même éthique et donc que la course aux nouvelles n’était pas faussée au départ.
Dans les sujets où l’honnêteté ou l’innocence de certaines personnes sont mises en cause, ces questions prennent tout leur sens. La chronologie des faits est toujours la même: une dénonciation qui se répand comme un feu de poudre via les médias et les réseaux sociaux, une réaction (ou pas) des personnes mises en cause, des commentaires enflammés d’internautes qui «savaient», «supposaient», «qui ne sont pas étonnés», «tous les mêmes», «il n’y a pas de fumée sans feu», etc…
Les lieux communs fleurissent. Les chiens sont lâchés. L’utilisation du conditionnel, le rappel de la présomption d’innocence ne sont d’aucun secours.
Dans ces conditions, la parole du dénonciateur est parole d’évangile: il dit la vérité et toute réfutation est écran de fumée disséminée par les tenants de la théorie du complot. Les avocats plaident au 20h de Pujadas: effets de manche, preuves qu’ils réservent pour le Tribunal. La parole est bridée mais ils parlent quand même. Il faut occuper l’espace, le temps, faire du bruit, plus fort que l’autre partie. Sortir la petite phrase dont tout le monde se rappellera et qui blanchira (ou pas) son poulain.
Pendant ce temps, loin des écrans, dans la vie réelle… Les accusateurs voient leur vie privée fouillée, bafouée, exposée. Les « mis en cause » voient le doute, la peur, le dégoût dans les yeux de leur famille et amis. Les protagonistes des deux camps deviennent des objets de discussion, des objets tout court. Leur vie ne leur appartient plus. Et qu’importe si au final, l’accusé est blanchi: la souillure est indélébile.
Il y a suffisamment d’erreurs judiciaires, de calculs mesquins entraînant des dénonciations abusives pour que nous réfrénions nos ardeurs de justiciers et de moralistes dès que nous avons connaissance d’un fait divers. Nous sommes certainement capables de former notre opinion au fur et à mesure que la situation évolue sans nécessairement répandre le fruit de nos profondes réflexions sur les blogs et autres réseaux sociaux. Même les inscriptions gravées dans le marbre pourraient s’effacer sous une action mécanique.
Pourquoi faire d’une impulsion souvent non documentée et à l’orthographe hasardeuse une corde à notre cou que d’aucuns pourraient ressortir avec voracité dans quelques années si nous sommes un jour victime de rumeurs, même de manière collatérale? Assécher ou au moins ne pas participer aux sujets, qui font la tendance chez l’oiseau bleu et sur lesquels nous n’avons aucune connaissance, pourraient être un moyen de résister à la déviance faisant passer des rumeurs ou des faits incomplets, pour des informations.

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