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Un drame se joue sous nos yeux, à nos portes…

Un drame se joue sous nos yeux, à nos portes…

Aylan Kurdi, 3 ans, avait quitté sa Syrie natale, avec sa famille, pour tenter de rejoindre le Canada, via l’Europe. Il a trouvé la mort et s’est échoué sur les rivages d’une plage de Bodrum (Turquie), après le naufrage de leur embarcation… comme d’autres, le 2 septembre dernier.

Comment réagir face à la tragédie des migrants qui fuient leur terre pour venir se réfugier en Europe ? Nous avons demandé à trois femmes de répondre à trois questions:

1) Des migrants fuient par milliers leur pays pour arriver en Europe. Tous les jours, nombre d'entre eux meurent en mer. Quel est votre ressenti par rapport à ce drame?

2) Personnellement, seriez-vous prête à aider des familles?

3) Si vous étiez à la place des dirigeants européens, qu'auriez-vous fait?

Voici leurs réponses.

Karine Furderer, professeur, allemande

1) – Le ressenti est un indicateur de sentiments premiers, sans réflexion. Comme tout le monde, je suis choquée et révoltée de voir des hommes, femmes et enfants mourir dans des conditions indignes de l’être humain. La compassion et l’empathie sont les sentiments qui accompagnent le choc et la révolte. Puis vient une énorme reconnaissance d’être née du côté du monde où, en tant que mère, je ne sois pas obligée de choisir pour mes enfants, les conditions de vie ou de survie. Le dernier sentiment est celui de l’impuissance. Si des peuples entiers ne peuvent plus vivre dans leurs terres, c’est qu’il y a des conditions qui les en empêchent et ces conditions sont hors d’atteinte pour moi. Ma réponse et réaction actuelle se restreint à la signature d’une lettre de « France-terre d’asile ».

2) – La question n’est pas si je serais prête à aider mais comment ? (Vu le contexte, personne ne dira non à cette question…). Mon aide sera certainement la plus efficace dans les domaines qui me sont familiers, c’est-à-dire l’accompagnement des enfants, des cours de langues, l’apprentissage de la vie quotidienne dans un pays, dont on ne connaît pas le fonctionnement; aller dans les administrations, chez le médecin, etc.

3) – C’est encore une fois la question qui me dérange : je ne suis justement pas à la place des dirigeants, et pour cause! Devenir ou être un personnage politique implique de ne jamais avoir de consensus ou la totalité des voix ; il faut donc être prêt à accepter d’autres opinions, aussi valables que les siennes. En partant du principe que les politiciens sont élus pour créer le bonheur des gens, je dois leur faire confiance pour la manière dont ils vont s’y prendre. Les réponses de M. et Mme tout le monde ne peuvent pas remplacer la réflexion au niveau étatique.

L’Europe a été créée après la seconde guerre mondiale, pour sortir, au plus vite économiquement, du désastre qu’a laissé cette guerre et avec la ferme intention de maintenir la paix. Aucun pays de l’Union n’est dans le besoin, la paix semble durable même si des excursions, en dehors de la démocratie, se produisent (en Hongrie par exemple). Mais il n’y a jamais eu d’Union politique : chaque pays est autonome dans sa gestion, sa langue, sa culture, etc. Dans un moment de crise économique, les accords peuvent se trouver mais aujourd’hui le monde est confronté à un problème humanitaire sans précédent. Les vies menacées demandent des solutions d’urgence, les hommes politiques ne peuvent pas les fournir… L’Union Européenne est finalement beaucoup plus fragile que nous l’avons cru.

Marie Dô, auteure, française.

1) – Comment ne pas être touchée, dans son âme et sa conscience, par ces images terribles ?  Comment ne pas se mettre à la place de ces hommes, de ces femmes qui ont choisi le danger à la résignation, au péril de leur vie et de celle de leurs enfants, dans l’espoir d’une vie meilleure?  Comment ne pas se sentir impuissante, odieusement privilégiée face à ce drame? Ces images nous renvoient toute l’injustice du monde, sa violence, ses inégalités insupportables. Un réfugié n’est pas un immigré, il n’a pas choisi de quitter son pays pour trouver du travail ou de meilleures conditions de vie, il a dû le fuir, quitte à trouver la mort en face. Il suffit de se mettre à la place de cette maman, de ce père qui ont embarqué leurs enfants dans ces galères, d’imaginer une France à feu et à sang que nous devrions quitter dans l’urgence, quel accueil aimerais-je avoir de la part de mes frères humains, après avoir bravé les tempêtes, la peur, de m’être fait avoir par tel ou tel passeur, d’avoir vu un ami, un cousin, mon propre fils se noyer sous mes yeux ? L’autre, c’est nous.

2) – Manifester, donner des vêtements, de l’argent, des médicaments, c’est bien, mais suis-je je prête à ouvrir ma maison, à bousculer mon quotidien pour accueillir chez moi des inconnus traumatisés ? Suis-je allée plus loin que de me donner bonne conscience, de m’émouvoir,  de pleurer sur le corps du petit enfant mort, échoué sur la grève comme si c’était le mien ?

3) – Je n’aimerais pas être à leur place, partagée entre humanité et politique intérieure, spectatrice de ce déferlement humain en quête de liberté, de sécurité, de démocratie, des notions tellement évidentes pour nous, Européens, dont nous n’avons pas à payer le prix de nos vies. La mondialisation appelle à la responsabilité. Nous ne pouvons fermer les yeux sur la moitié du globe. S’en croire séparés, protégés parce que l’on est du bon côté, n’est qu’une illusion.

Emmanuelle Malclès, assistante sociale, française

1) – Je trouve ça triste, qu’en 2015, des populations entières soient encore obligées de fuir leur pays, au point  de risquer la mort.

2) – En tant que travailleur social, j’ai aidé des personnes arrivant en France en les orientant vers les services compétents pour mettre en place leurs dossiers administratifs, vers les associations caritatives pour pouvoir les aider à se nourrir et à se loger et vers les associations de migrants pour les aider au quotidien.

3) – Je pense que les migrants qui sont déjà dans les camps de réfugiés doivent être accueillis.

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