“In Extremis” – Francis Cabrel, nouvel album

Sept ans depuis Des roses et des orties qui insinuait déjà que la vie pouvait être piquante, dans tous les sens du terme. Sept ans, un quart de temps de la réclusion de Mandela. Le temps de faire l’inventaire de la cellule où nos pensées tournent en boucle, de tirer le bilan de nos renoncements et de nos bonheurs, le temps des désenchantements (cette dénonciation du cynisme des puissants, ce peu de cas que l’on fait des hommes et de la terre), le temps qui passe, qu’on aimerait mettre en pause à coups de crèmes magiques, en faisant «comme si on était partis pour rester».

Mais difficile de «faire comme si» les enfants pendant ce temps n’avaient pas grandi. Il faut se retourner désormais pour entendre leurs cris de joie pendant les tours de manège. Et une fois retourné, c’est la grande déferlante du passé. On redécouvre les premiers groupes, les premiers concerts, on entrevoit un vieux crooner hantant la scène, les destins brisés des grandes figures du jazz. Poussant plus loin, on peut même assister à la fin de la chevalerie sur la plaine d’Azincourt et beaucoup plus loin encore, on discerne une croix plantée sur une colline qui apporte la preuve qu’on peut mourir d’amour. Car sept ans plus tard, In extremis, on le voit bien, il n’y a que l’amour qui demeure.

Dur comme fer

On y avait cru « dur comme fer » au Grand Soir, aux Aurores Radieuses, aux Lendemains qui chantent et chanteraient pour tous. Et puis le monde a appris à déchanter. En même temps que chutait le Mur qui séparait les peuples, que l’espoir d’un avenir meilleur était permis pour lequel toutes les énergies au lieu de se combattre s’uniraient, s’effondrait cette vieille espérance que «demain, ah demain, ce sera vachement mieux», comme le chantait Higelin. En fait non, pas mieux, moins bien même. Mais un pli de la parole a été pris, le discours continue, avec les mêmes mots, de promettre de raser gratis, ce qui peut se traduire autrement, «raser» par «déplumer», par exemple.

Tous les trémolos dans la voix, les mains sur le cœur, tournent au mauvais vaudeville qui ne fait plus rire personne. Car le cœur de ceux qui promettent, on le voit, n’y est plus, bien à l’abri qu’ils sont, sous «les dorures et les palaces». Reste aux autres à cocher les six bons numéros du loto, à quoi se trouve réduite aujourd’hui l’aspiration individuelle d’une vie meilleure.

A chaque amour que nous ferons

La femme est sans doute l’avenir de l’homme. Elle est surtout un monde. Elle est non seulement le plus beau des paysages avec «vallées», «sillons» et «labyrinthes» mais aussi partie prenante dans l’organisation des forces cosmiques, puisque c’est elle qui commande chaque matin au lever du jour, du seul mouvement de ses paupières. «Tous les poètes l’ont dit» l’affirmait Brassens et les «merveilleuses plaintes» dont elle accompagne l’étreinte amoureuse sont la preuve la plus sûre de la musique des sphères. Mais elle est aussi celle qui règne sur le temps, la mère universelle qui a le pouvoir de dupliquer son sourire sur le visage d’un enfant. A une condition… «Est vicié ce qui est fait sans amour», écrivait le philosophe Jankélévitch. Voilà: à la seule condition de l’amour.

Déjà triple disque de platine et meilleur démarrage album de l’année 2015, “In Extremis” est dans tous les bacs et Francis Cabrel sera en tournée dans toute la France dès cette semaine et jusqu’en avril 2016. Cf les dates sur www. franciscabrel.com 

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