Le prix à payer

Hummmm, le beurre, l’argent du beurre, le sourire de la crémière….

Comme souvent, la romancière en moi aime laisser trainer ses oreilles, et surprendre ainsi parfois, des conversations qui ne lui sont nullement destinées. Parfois, quand me parviennent certains mots, mes yeux se ferment, choqués par des bribes de conversations osées, d’autres fois, ma bouche se pince, tentant d’éviter le jaillissement d’un fou rire qui, immanquablement, force le passage et explose, se répercutant en 1000 horizons, et puis, d’autres fois, cette même bouche s’ouvre, s’arrondit en un « Oh » de surprise, et mon regard alors, file vers de lointaines contrées internes, tentant de pousser l’analyse de la découverte du jour ! Dans ces cas, c’est Byzance ! C’est tellement agréable d’apprendre quelque chose de neuf, de se sentir enrichie d’une information ignorée de moi quelques minutes plus tôt !

Cette fois-ci, mon oreille ne trainait pas ! Je l’avais, au contraire, mise au garde-à-vous et sommée d’enregistrer avec beaucoup d’attention, les paroles de cette coach, différente, atypique que j’appréciais particulièrement !

Elle déconstruisait quasi méthodiquement une bonne partie des enseignements reçus de nous jusque-là, et ceci, avec un vocabulaire qui flirtait avec la brutalité. Le mot douceur avait été depuis longtemps exclu de son lexique, car elle estimait qu’user de mots âpres était le seul moyen de déterrer les années de discours « gnan gnan bisounours » enracinés en nous depuis l’enfance.

Son équation était simple : Si nous étions face à elle aujourd’hui, dans l’intention de changer de voie, quel qu’en soit le domaine, c’est bien que nos acquis précédents avaient failli à nous mener à notre but. Il était donc impératif de changer radicalement de cap. Or, des années à suivre les mêmes habitudes, quasi automatiquement ne se laissent pas facilement expulser de notre conscient, ni même de notre subconscient. Il fallait y aller donc à coup de pioche, pour creuser, à coup de râteau, pour égratigner, à coups de pelle, pour éloigner l’ancien et laisser place au nouveau :

Tous ces outils, en elle, étaient représentés par ses paroles. Sa langue vous déshabillait, mettait à nu vos pensées les plus intimes, et posait, là, sur la table, vos pires lâchetés. Tous les arrangements entre amis qui se fomentaient entre vous et vous pour justifier votre immobilisme, toutes vos foireuses excuses pour expliquer le refus du passage à l’action étaient brutalement démasquées.

A peine lui aviez-vous répondu par une réplique convenue que celle-ci était, avec une logique quasi mathématique, démolie. Et n’essayez même pas de vous réfugier dans le giron parental qui n’aurait pas été adéquat à vous propulser vers un avenir plus brillant ! Vos parents étaient généralement excusés de leur absence de discernement et d’innovation dans l’éducation prodiguée qui ne découlait, elle-même que de leur propre héritage parental. La responsabilité de votre situation présente vous était alors rendue avec cette question :

– Et maintenant, que vas-tu faire de ça ? Les faits sont les faits et ne peuvent être changés. Mais toi, aujourd’hui ? Quel est ton choix ? Continuer à te lamenter façon « Bébé ouin ouin » ou te bouger, prendre la responsabilité de ton destin et te mettre au volant de ta propre vie ?

Je connaissais donc ses méthodes et, malgré tout, était souvent surprise de certaines affirmations, au détour d’une phrase. Hier donc, en l’écoutant, j’ai entendu ceci : 

« Arrêtez d’écouter les proverbes idiots du style : On ne peut avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière » (Devinant la personnalité de la dame en question, vous aurez compris que j’ai choisi la version soft de la fin du dit proverbe) ! Elle enchaina en démontrant à quel point ce genre de dicton, entendu depuis l’enfance et proclamé avec emphase ou sagesse (c’est selon), nous nuisait en restreignant notre ambition, allant jusqu’à nous décourager d’entreprendre, paralysé que nous devenions par l’addition qui nous serait présentée en échange !

Je disais un peu plus haut que j’étais toujours heureuse de découvrir de nouvelles choses. Ici, rien de nouveau, bien sûr ! Ce proverbe, comme d’autres, je l’ai entendu des centaines de fois, et même utilisé. Mais je n’y voyais que la sagesse contenue en elle, et n’avais jamais pensé qu’il pouvait aussi induire en nous des limites, des peurs, justifier l’inaction.

Aujourd’hui, je le sais, il faut voir grand pour réaliser ne serait-ce qu’une partie de notre ambition (Quelle que soit la teneur de celle-ci) Et pour ce faire, nous devront nous défaire de tellement de limites mises en nous, en toute innocence !

Bien sûr, le sens premier de ce proverbe est tout à fait juste : Tout à un prix et il est illusoire de vouloir exiger beaucoup de la vie sans offrir de soi en retour. Mais une fois cette connaissance acquise, il est néanmoins souhaitable de vouloir faire mieux, toujours, ne serait-ce que pour frôler notre plein potentiel.

Il est de notre responsabilité, maintenant, de traquer tous ces dictons, tous ces proverbes doctement prononcés et de les déshabiller pour en comprendre les sens cachés.

Y en-at-il qui vous viennent, là, tout de suite à l’esprit ? Si oui, j’aimerais grandement les éplucher avec vous.

Et je finirai sur cette phrase de Zig Ziglar que j’aime beaucoup parce qu’elle nous pousse à l’action de la plus belle des manières : « Vous obtiendrez tout ce que vous voulez dans la vie à condition d’être prêt à aider assez de gens à obtenir tout ce qu’ils veulent ».

Dans ce cas, oui, on obtient le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de la crémière ! 🙂

NB : Je n’irai quand même pas affirmer, comme elle, qu’on devrait bannir tous les proverbes car, quand même, ils viennent de nos anciens et : « l’homme jeune marche plus vite que l’ancien, mais l’ancien connaît la route ! »  (Proverbe Africain)

billet d’humeur, Corine Dossa, dictons, proverbes

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