La crainte de mal faire…

Hummmmm, la crainte de mal faire…

Lors d’une discussion avec ma sœur, il y a quelques jours, elle me révéla ceci : Non seulement il lui était difficile d’aller vers quelqu’un en deuil, mais elle fuyait carrément ces situations.

Je vous explique le contexte : Nous avons une cousine qui a perdu sa fille dans la fleur de l’âge. La mère et la fille sont deux femmes exceptionnelles, généreuses, attentives aux autres, bref, vous l’aurez compris, deux très belles personnes.

Lorsque j’appris la nouvelle, il y a deux ans, je m’effondrai. Quoi ? Elle ? Pourquoi ? elle était pleine de vie, en bonne santé, maman de deux jeunes adorables enfants, passionnée par leur éducation. Inutile de vous dire que ma révolte fut grande !  Pourquoi elle ? Qu’est-ce qui pouvait justifier que le grand barbu, là-haut, ôte la vie à cette personne magnifique, quand subsistait sur terre tant de c…, de malfaisants, sans compter ceux qui cumulaient les deux ? Bref, j’éprouvais l’indignation légitime que nous avons tous déjà eu, au moins une fois dans notre vie à l’annonce d’une nouvelle qui nous semblait totalement injuste !

Puis, ce jour-là, abasourdie, choquée, peinée, j’appelai ma cousine pour lui exprimer mon désarroi et mon soutient. Elle était ébranlée, touchée en plein cœur, vivant la pire torture qu’un être humain puisse endurer, comme battue, mise à terre, sans stigmates apparents, les blessures les plus profondes saignant, en silence à l’intérieur de nous.  Elle me raconta, en hoquetant, les circonstances du drame, et nous pleurâmes ensembles, sans discontinuer, un moment.

Les larmes, justement, sont la raison du refus de ma sœur d’aller vers ma cousine. Elle se sent démunie face à sa propre peine et elle a peur de l’étaler, sans pudeur, devant l’immense douleur d’une mère. Et cette attitude m’inspire plusieurs axes de réflexions : 

La première : Pourquoi avons-nous tant peur de laisser couler nos larmes ? Celles-ci ne sont que l’expression de notre émotion du moment. Avoir de la retenue, certes, mais, certaines circonstances exigent de nous, d’être dans le relâchement, la vérité. Laisser couler nos larmes nous réconforte. Pourquoi Résister à cette émotion, quand, accepter de pleurer permet d’aller mieux ? Pleurer, c’est aussi un mode de communication. On pleure parce qu’on a un bouillonnement intérieur qui, autrement, resterait comprimé en nous sous forme de stress et d’anxiété.

On a peur, dans ces circonstances, d’attirer l’attention sur soi, alors qu’au contraire, c’est une occasion de montrer à l’autre, l’attention que l’on a pour elle.

Etre présent et à l’écoute. Même en silence. C’est justement parce que sa peine est immense qu’elle aura besoin de la partager. Et, en allant vers elle, on se solidarise à sa peine, en lui offrant la possibilité de la partager avec nous, le choix de saisir ou non cette perche tendue.

Et puis, parfois, en allant exprimer sa tristesse à quelqu’un en deuil, c’est nous qui repartons réconforté! J’aurai toujours une immense reconnaissance pour la maman d’une amie décédée très jeune. Je devais avoir 10 ans. Cela se passait au Bénin et quiconque a déjà assisté à une veillée funèbre en Afrique de l’ouest, comprendra de quoi je parle ! Les cris de désespoir, les larmes, les supplications à ce Dieu parfois injuste raisonnaient dans toute l’assemblée, accompagnés de gestes extrêmement explicites ! J’arrivai, au milieu des cris, tenant la main de ma mère, et nous entrâmes dans le salon où reposait le corps de mon amie. Sa mère était assise, un peu à l’écart, dans la pénombre, et semblait comme détachée de toute l’agitation alentour. Alors que maman présentait ses condoléances, je l’interrompis d’un : « C’est pas juste » tonitruant. Surprises, les deux femmes tournèrent leur regard vers moi. Je repris : C’est pas juste ! C’est les vieux qui meurent ! Pourquoi votre Bon Dieu a-t-il décidé de voler sa vie ? De la tuer ? Elle était tellement gentille !

La maman de mon amie, doucement, prit ma main, me tira à elle et me dit ces quelques mots qui, depuis, raisonnent à mon oreille à chaque deuil :

« Tu sais, Coco, ce qui n’est pas juste ? C’est que tu l’accuses, alors qu’il m’a offert la plus grande joie de ma vie ! Il m’a offert une enfant merveilleuse pendant 12 ans, et ce fut une grâce infinie qu’il m’accorda ainsi. Alors, aujourd’hui, oui, je suis triste, parce que j’aurais voulu la garder plus longtemps auprès de moi, mais j’aurais été encore plus triste, sans elle, pendant ces 12 années. Alors, je ne serai pas ingrate, en lui faisant des reproches. Et je suis sûre que, toi aussi, tu es reconnaissante qu’il t’ai donné une amie pendant 3 ans »

Quelle leçon, ce fut pour la petite fille que j’étais ! J’appris, par la suite, qu’il s’agissait d’une femme très pieuse, et qu’elle puisait sa force de son amour du Divin. Ce fut, là aussi une ouverture dans le jeune esprit d’une petite fille, élevée par un père, à l’époque, anticlérical. 

Alors, petite sœur, va vers notre cousine. Et celle qui tirera le meilleur partie de cette rencontre n’est peut-être pas celle que tu crois. Je t’y encourage, en tout cas.

Et vous ? Eprouvez-vous cette crainte, parfois, d’aller vers des amis endeuillés de peur de ne pas avoir la juste attitude ? Dites-le-moi, en commentaire.

Compassion, deuil, Douleur

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