Où est donc passée l’innocence des enfants ?

Petite filleau Bénin, j’en ai un souvenir précis, mon père passait à la radio. Journaliste, il intervenait tous les samedis après-midi, puis, devenu un homme public, ses apparitions furent récurrentes.

Pour mon entourage, famille, amis, c’était un évènement attendu, fébrilement, avec fierté ! La radio était, dans ce début des années 70 au Bénin, le média roi. Elle l’est toujours, d’ailleurs dans de nombreux pays d’Afrique. C’était LA fenêtre sur les autres, proches ou lointains. Elle nous informait sur les derniers évènements de la ville voisine, aussi bien que sur le prochain voyage du président, nous délivrait le dernier discours de notre président et, bien sûr, passait les hits musicaux Africains du moment.

Pour la petite fille que j’étais, c’était, chaque fois que j’y entendais mon père, un moment de terreur renouvelé ! J’étais persuadée qu’on lui avait coupé la tête pour la faire entrer dans le poste !

Ce que je me disais en substance, c’est :

  • Voilà ! On lui a, une fois encore, coupé la tête pour le faire rentrer dans ce fichu poste ! La dernière fois, la réintégration dans son corps avait, miraculeusement, encore été un succès ! Mais cette fois-ci ? Qu’en serait-il ?  le reverrais-je jamais ?  Ne réalisaient-ils pas leur inconscience, leur cruauté de, chaque fois, me faire subir cette horreur ? Comment pouvaient-ils prendre à chaque fois un tel risque ? Et mes frères et sœurs, ma maman, les voisins ? Pourquoi riaient-ils tous à chaque fois que je leur reprochais de participer à cette macabre messe du samedi soir ? Ils me riaient au nez ! Me répétaient que, non, mon père reviendrait intact…sans jamais me donner plus d’explications. Une fois l’allocution de papa terminée, je me postais à côté de l’immense portail, puis attendais, angoisses et espoirs mêlés, son retour. Ce qui prenait, généralement des heures, mais m’offrait, une fois par semaine, la plus belle des récompenses ! Apercevoir sa voiture, tourner au niveau de la lagune de Porto-Novo, puis remonter, lentement, cette voie que nous appelions la descente. C’était toujours une joie et un soulagement immenses.

Ce souvenir me revient au moment où je décide de vous offrir ces petits billets d’humeur. D’abord parce que, me voici, moi, de l’autre côté du poste, et en même temps, me vient cette question : De quoi seront faits les souvenirs des enfants d’aujourd’hui ? Car les souvenirs d’enfance sont, lorsqu’on a la chance de vivre une enfance dans un environnement paisible, souvent teintés d’innocence. Or, Coller ce mot, « Innocence » à cette époque pleine de bruit et de fureur semble bien incongru !  Nos souvenirs sont, bien souvent faits d’odeurs, de saveurs, de regards… liés aux 5 sens donc. Ben alors, me direz-vous ! Ils en sont aussi pourvus, de ces sens ! Ce à quoi je vous dirai : Oui, sans aucun doute, mais pour être aiguisés au point d’en créer des souvenirs, ils doivent être usités doucement, lentement, sereinement…En sont-ils encore capables ?…

D’où cette question : Où est donc passée l’innocence des enfants ?

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Bénin, enfance, innocence, radio, souvenir

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