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Marie Dô: « Explorer la sensibilité masculine »

Marie Dô: « Explorer la sensibilité masculine »
Auteure de plusieurs romans, dont « Fais danser la poussière », adapté à la télévision, Marie Dô nous offre avec « Les Dunes Sauvages » (Editions Plon) un beau et surprenant voyage initiatique. Annoncé comme un roman d’été, cette œuvre  de fiction est en réalité beaucoup plus profonde qu’il n’y paraît.  Réalisateur, la quarantaine, divorcé, Sébastien se retrouve, sans y être préparé, dans un camp naturiste. Seul, au milieu des dunes, face à l’infini de l’océan, il est confronté à ses préjugés, ses fantômes, ses doutes. Le corps et le cœur à nu, cet homme, émotionnellement  au creux de la vague, doit composer avec son étrange entourage… L’auteure, qui propose, dans ce quatrième roman, des clés essentielles pour mieux comprendre et apprécier la vie, a bien voulu répondre à nos questions.
FP: Le lecteur habitué à vos romans, qui révèlent une grande sensibilité féminine, est d’emblée surpris par « Les Dunes Sauvages » car vous nous emmenez dans le corps et la tête d’un homme…

J’avais envie d’explorer la sensibilité masculine et me mettre du côté de l’homme quitté. Et d’essayer de ressentir à travers cet homme quelque chose de cet étranger merveilleux qu’est l’homme. Un homme a une façon très différente de voir les choses mais qui n’est pas dénuée de sensibilité. C’est très amusant de passer d’un sexe à l’autre. Cela m’a permis aussi de voir les femmes de l’autre côté et sur leurs côtés les plus pénibles. Mais finalement, dans ce Seb, il y a beaucoup de moi. C’est mon animus, ma partie masculine qui a parlé.

FP: En quoi Sébastien vous ressemble?

Il observe beaucoup, je suis aussi une contemplative. J’aime la nature, l’océan: j’ai, comme mes ancêtres animistes, un rapport très fort avec les éléments qui me pénètrent. Avec Seb, j’ai voulu aussi évoquer le fait qu’il faut parfois vivre des moments extrêmes pour extirper de soi quelque chose de positif. Car mon personnage, qui arrive au camp Robinson complètement fracassé, en ressort avec un élément créatif, un souffle pour aller vers un ailleurs qui offre plus de liberté et de possible. J’aime, dans mon écriture, rechercher ce qui n’est pas évident, ce qu’on ne peut mettre dans aucun tiroir. C’est mon syndrome du métissage. Seb est à la fin d’un cycle et dans la nouvelle ère, c’est un peu ce que l’on vit actuellement. C’est un entre-deux. Il n’est plus et en même temps il n’est pas encore.

FP: A ce sujet, la nudité que vous évoquez en installant le décor au sein d’un camp naturiste est hautement symbolique car nu, on n’a pas d’autre choix que d’être nous-même…

Absolument.  Cette nudité est le symbole de ce besoin de revenir à sa nudité intérieure, à ce qu’il est profondément, à son ADN. C’est l’histoire d’une déconnexion et d’une reconnexion avec soi. Bien sûr il y a tout l’aspect du corps qui est pour moi intéressant. En tant que danseuse, le corps n’est surtout pas mon ennemi, au contraire. Mais je constate que l’homme est en pleine guerre avec son corps qui meurt ou qui est survalorisé ou sexualisé ou voilé, donc il ne peut aller bien. Comme il est en guerre avec sa terre, avec son air, tout ce qui fait l’être humain. Ce livre est, comme mes autres livres, faussement léger. Derrière, il y a des thèmes fondamentaux de société.

FP: Vous abordez, en effet, des thèmes de la vie, profonds et existentiels. Pourquoi l’avoir positionné comme un livre d’été?

C’est le choix de ma maison d’édition. Il faut dépasser les a priori et ne pas rester sur le fait que ce livre se passe au bord de l’océan avec des gens nus, dans un camp de naturistes.  Ce n’est pas mon propos. Mais aujourd’hui les gens vont très vite et ne vont pas au bout des choses. En revanche, peut-être qu’il faut le rythme des vacances pour comprendre ce livre. Pour le ressentir dans toutes ses subtilités, il faut avoir du temps, de la paix, être en état de réception. En cela, c’est effectivement un livre d’été.

FP: L’été est là, c’est donc l’occasion d’aller à la rencontre de vos dunes et contre les préjugés…

Je n’ai de cesse de batailler contre cela. Les gens nus que je décris sont de toutes les couleurs, de toutes les formes, gros ou maigres. Tout le monde accepte l’autre dans ce qu’il est. C’est une école de respect et de tolérance. La sexualité n’est pas dans le livre. Il y a juste la crudité de la réalité qui n’est pas excitante pour la libido. Ce qui est excitant, c’est ce qui est caché et interdit, la transgression. C’est un chemin initiatique. Les gens dans les camps naturistes ont un rapport différent à l’autre. Car se présenter nu à l’autre c’est se présenter dans sa réalité, sa sincérité et accepter de se montrer tel que vous êtes. Ce sont aussi des gens qui n’ont pas les habits comme barrière sociale. Tout le monde est à la même enseigne: cela ramène vers une authenticité de la relation. Et où on se reconnecte avec tout. C’est une expérience très enrichissante que j’ai faite. J’ai même écrit le livre dans le camp que je décris. Et Seb est une multitude de personnages que j’y ai vus, dont moi.

Les Dunes Sauvages
Marie Dô
aux Editions Plon, 18 euros.



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