Caroline Gueye, une femme de science devenue artiste.

Elle est la preuve vivante que science et art font bon ménage. Cette astrophysicienne a laissé tomber son emploi pour vivre de sa passion et devenir artiste plasticienne. Mais la science ne la quitte jamais et se retrouve dans toutes ses créations grandeur nature.  Caroline Gueye est une artiste qui se sert de la physique pour créer des œuvres artistiques. Elle associe des matériaux tels que le métal, le plastique, et joue avec la lumière dans ses œuvres. Elle est la petite fille du peintre togolais Paul Ahyi. Ce dernier était considéré comme le Picasso africain et auteur du drapeau du Togo. C’est peut-être de cet illustre grand père que lui vient ce don naturel pour la création artistique. Portrait d’une astrophysicienne-artiste plasticienne.

Métisse franco togolo-sénégalaise, Caroline Gueye est née et a grandi à Dakar. Après des études de physique en France, aux Etats-Unis et en Chine, elle s’est spécialisée en astrophysique. Puis en physique atmosphérique radioprotection et sureté nucléaire. Sa passion pour l’art et la physique remonte à son enfance : « A 10, 11 ans je réalisais déjà des portraits hyper réalistes au crayon à papier. Et en classe de 4ème je découvre la physique et tombe amoureuse de la matière « et pas du prof) rires.» nous raconte-t-elle. 

Caroline Gueye, une femme de science devenue artiste

Dès lors commence le dilemme pour la jeune Caroline. En classe de terminale S lorsqu’elle doit choisir ses études supérieures, elle hésitait déjà entre les beaux-arts et la physique. Elle s’est donc retournée naturellement vers son grand père Paul Ahyi, lui-même artiste et physicien. Ce dernier lui conseilla la physique tout en lui recommandant de ne jamais lâcher son crayon. Un choix que la jeune femme n’a pas regretté: «  J’ai adoré mes études de physique et aujourd’hui ma carrière d’artiste me passionne.» confie Caroline.

Le déclic : Allier science physique et art 

Au départ l’artiste ne montrait pas ses créations et en faisait un plaisir personnel, un loisir. Par le pur des hasards elle décide de montrer ses tableaux à une galerie, à New York. Cette dernière émerveillée par le travail de la jeune femme, décide alors d’exposer ses œuvres. A partir de ce moment la physicienne a commencé à prendre son art au sérieux. Elle montre ses œuvres et les expose. Mais allier son emploi du temps d’astrophysicienne et d’artiste devenait quasi impossible et le temps lui faisait défaut. Elle prit donc la décision de démissionner de l’emploi qu’elle occupait à l’époque pour s’adonner complétement à l’art. Désormais artiste à temps plein, elle allie science et art dans ses créations. 

Mais science et art font il bon ménage ? Qu’est-ce que la science peut apporter aux créations artistiques de Caroline Gueye?  Nous lui avons posé la question. Et il se trouve que ces mêmes questions passionnent la jeune artiste. Elle en a même fait un thème de recherche. Elle se pose souvent la question : « sont-elles des matières opposées, compatibles, similaires convergentes, divergentes ?». Pour les créations dans lesquelles elle s’inspire de science, elle nous avoue que science et art font finalement très bon ménage : « Tous les sujets de recherche en astrophysique, physique des particules, la mécanique  quantique,  la relativité, les dimensions les référentiels sont des thèmes qui me passionnent et je ne me lasse pas de m’en inspirer dans mes créations. Comme les installations les sculptures murales, la peinture, le dessin

Inspiration et matériaux utilisés 

En plus de cela, l’artiste est inspirée par la physique théorique, les sciences physiques et les théories qui essaient de lier l’infiniment grand à l’infiniment petit. Et toutes les informations qu’elle lit sur l’espace. D’après elle, tout ce qui se passe au-dessus de nos têtes et bien au-delà de notre atmosphère peut l’inspirer. Et tout ce qui a trait avec le comportement des particules : « A leur échelle les choses se déroulent de façon très particulière pas du tout comme ce qui se passe à l’échelle des objets que l’on voit a l’œil nu. Le comportement n’est pas du tout intuitif et cela me fascine. ». Mais il n’y a pas que la physique qui inspire notre jeune artiste. Elle est autant touchée et inspirée par des sujets d’actualités comme le pillage des poissons sur les côtes africaines. Mais aussi l’environnement et la violence à l’égard des minorités.

Dans ses créations, elle travaille des matériaux variés et adore les mélanger. Elle nous confie avoir une préférence pour le métal qu’elle utilise aussi pour faire des sculptures murales. Mais ses créations ont beaucoup évolué. A ses débuts, elle travaillait surtout sur du papier et de la toile. Puis elle s’est mise au bronze et au fer, puis à l’aluminium et à l’acier. Au fer et au laiton. Dans le passé, elle a eu à réaliser beaucoup de tableaux en acrylique sur toile, au feutre au pastel à l’encre de chine, au fusain, au crayon à papier. Aujourd’hui ce qu’elle aime le plus c’est mélanger ces différents matériaux : « Les métaux m’ont toujours attiré plus que le bois. J’aime leur reflet qui change selon la luminosité et leur couleur patinée par le temps. J’aime la rouille aussi. J’apprécie mélanger différents métaux et de rajouter d’autres matériaux encore, du polystyrène du plastique pour avoir certains effets. Le plastique est malléable  plus facilement. L’élément  que j’aime le plus est sans doute la lumière. ». 

Elle poursuit sur la place de la lumière dans ses créations : « La lumière me ramène vers la mécanique quantique  avec son caractère à la fois ondulatoire et corpusculaire. C’est pour cette raison qu’elle m’est de plus en plus indispensable car mes créations ont souvent un rapport avec la mécanique quantique qui est de toute façon un principe fondamental de la physique.»

Sa réalisation grandeur nature inspirée de la théorie des cordes

Caroline Gueye réalise de plus en plus d’installations de grande envergure. L’une de ses plus grandes créations est un assemblage d’élastiques suspendus, en terme simple. Caroline nous confie avoir énormément de plaisir à faire ce genre de création. Des œuvres en trois dimensions qui peuvent atteindre des tailles monumentales. Elle nous explique éprouver de l’exaltation à allier la physique à l’art. Dans ce type de réalisation qui peuvent remplir toute une pièce : « J’aime faire des installations immersives dans lesquelles le visiteur fait partie de l’œuvre et participe à son cheminement à son concept à sa vie. »

Elle revient sur son œuvre en détail et nous explique sur quoi elle est basée: «J’aime beaucoup la théorie  des cordes et toutes les théories d’unifications. La théorie des cordes essaie de trouver un type de physique qui serait applicable à la fois au domaine macroscopique (c’est à dire à l’infiniment grand) et au domaine microscopique (infiniment petit). En effet les calculs effectués dans le domaine microscopique sont différents de ceux appliqués au domaine macroscopique. Pour l’un la physique est basée sur la mécanique quantique pour l’autre sur la relativité générale. Dans le but de trouver un type de physique appliqué  aux deux domaines, il est stipulé que la dimension la plus petite serait ce qui est appelée une corde. Cette dimension a pour moi la forme  d’un élastique. C’est comme cela que j’ai créé une installation cinétique avec plus de 6000 élastiques qui flottent et oscillent dans les airs.»

Biennale de Dakar et futurs projets

L’artiste devait participer à la Biennale de Dakar qui devait se tenir au mois de mars dernier. L’évènement a été reporté en raison de la pandémie de Covid-19. « Je pense que le report de la biennale était inévitable. Tous les évènements artistiques sont reportés. Il faut alors être patient, le temps que cette situation soit maitrisée dans le monde. Et que toutes les populations soient en sécurité. Je reste optimiste en me disant que la prochaine biennale sera encore plus belle et festive ».

De nature casanière, le confinement n’a pas trop bouleversé ses habitudes d’artiste. La jeune femme en profite pour travailler sur ses recherches en art et science et sur ses nouvelles créations. Pour elle, c’est une période de réflexion de cogitation et d’introspection. En attendant le retour à la normale et la réouverture des frontières, Caroline se concentre sur ses projets futurs. Des recherches et le développement de certaines idées pour des sculptures et des installations.

Crédit photos : Didier Teurquetil, Caroline Gueye et Oumy-Diaw

Partager :

Art, artiste plasticien, Biennale de Dakar, création, physique, Science

Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *