Célestine Faye ou le stylisme engagé

C’est en côtoyant des couturiers africains dans le 18eme arrondissement de Paris que Célestine Faye a eu l’idée de créer sa marque Wax Panther. En allant faire ses propres vêtements la jeune femme était écœurée de voir les restes de tissus et les vêtements jetés par les couturiers et les clients. Depuis, elle modernise le wax africain en créant des tenues mais pas seulement. La marque confectionne des accessoires tels que des tapis, peluches, coussins. Et récemment des masques de protections toujours avec du wax.

Un stylisme engagé

Célestine Faye
Célestine Faye

La créatrice a été très tôt influencée par la mode et le tissu africain. Ses premiers souvenirs remontent à sa petite enfance à Saint Louis au Sénégal. Sa mère lui achetait des vêtements faits par des couturières locales avec des mélanges de chutes de wax. Communément appelé Ndiakhass. De nature très indépendante, Célestine a voulu faire la différence a son niveau : « Je crois  qu’on ne peut impacter qu’en créant des nouvelles choses et en mettant en place des idées nouvelles. J’avais également une idée de produits qui n’existait pas.». Passionnée de mode écologique et de design d’intérieur, la sénégalaise a imaginé une collection pour femmes urbaines et cosmopolites promouvant la culture africaine et la fierté noire. Les créations de la marque Wax Panther sont faites avec des pagnes recyclés provenant de couturiers locaux de la région parisienne. Dans toutes les créations de Wax Panther on retrouve un militantisme autant politique qu’écologique. Le nom de la marque est jeu de mot inspiré du mouvement révolutionnaire afro américain Black Panther.

Ayant beaucoup travaillé dans l’insertion socio-professionnelle, toutes les créations de la marque sont confectionnées par des Centres de Réinsertion par le Travail. L’engament de la créatrice ne s’arrête pas là. Elle est allée jusqu’à créer un coussin en wax en forme de clitoris pour sensibiliser sur le sujet de l’excision. Une « mutilation qui est encore trop présente mais tabou dans les sociétés et qui crée trop de traumatismes chez les femmes » selon Célestine Faye. La styliste veut s’inscrire dans une dynamique de lutte et de changements à tous les niveaux. Pour la créatrice la lutte écologique et la lutte sociale vont de pair et on ne peut plus les dissocier. Sur son choix de travailler le wax plutôt qu’un autre tissu, c’était une évidence : « Je n’ai pas choisis le pagne c’est le pagne qui m’a choisi. Les premières chutes de tissus que j’avais collectés chez les couturiers c’étaient des pagnes wax et les habits que je faisais faire c’étaient aussi en pagne donc ça m’a paru évident  de continuer avec ce tissu.»

Le secteur de l’habillement est particulièrement du pagne est déjà un marché très concurrentiel en France comme en Afrique.  De plus, quitte à créer autant sortir des sentiers battus et proposer  des créations  nouvelles et originales. Raison pour laquelle la créatrice propose des accessoires variés. Avec la crise sanitaire du Covid 19, Wax Panther s’est récemment lancé dans la création de masques de protection. La marque a voulu répondre à une forte demande de masques en wax. Mais aussi c’est une façon de « participer à l’effort sanitaire. Un artiste comme un artisan c’est quelqu’un qui montre son agilité dans des circonstances inédites et qui sait profiter des opportunités. » rétorque Célestine.

Comme tous les secteurs, le monde de la mode est aussi touché par la crise économique causée par la pandémie. Mais pour Célestine Faye il faut s’adapter d’où l’importance pour elle de créer des masques : « En ce moment on a besoin de masques et pas d’accessoires d’intérieurs. Nous aurons des jours meilleurs pour nos peluches et tapis. »

Des inspirations et des influences multiples

Ce dont Célestine est le plus fière c’est d’avoir créé sa propre marque de vêtements et d’accessoires. Et de faire partager sa vision de la femme africaine : « Avec wax panther je crée donc j’existe. »

Wax panther fait le choix de moderniser le tissu africain. Sa fondatrice veut sortir le pagne  du carcan ethnique et africain pour le proposer à un public plus large et cosmopolite : « Pour provoquer un peu je dirais que c’est un juste retour aux racines européennes de ce tissu.»

Dans ses créations elle est principalement inspirée par sa mère qu’elle décrit comme forte et indépendante : « Les Nana Benz aussi m’ont beaucoup inspiré pour leur ténacité et leur indépendance dans un période très machiste et coloniale. Plus tard j’ai découvert le travail de Adama Paris et Sadio bee. »

Célestine aimerait que Wax Panther se développe plus surtout en Afrique et que ses produits soient distribués sur tout le continent. Sur le long terme la créatrice souhaite sortir les talents africains des sentiers battus pour qu’ils promeuvent la tradition et même la faire évoluer : « J’aimerais exporter mes créations dans le monde et notamment en Afrique. J’aimerais développer mes créations d’accessoires les plus originales notamment des peluches panthères masques dogon en wax  et tapis en pagnes animaux en Afrique. A l’heure actuelle mes peluches s’arrachent à Paris mais j’aimerais développer une clientèle plus africaine. »

Partager :

Célestine Faye, création, écologie, recyclage, wax, wax panther

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *