Mariana Pajón : « Beyond Gold »

Mariana Pajón : « Beyond Gold »

C’est une ravissante Colombienne brune de 26 ans que nous rencontrons. Souriante et détendue, Mariana Pajón est véritablement rompue à l’exercice des questions réponses. Multiple championne du monde et double championne Olympique (Londres 2012 et Rio 2016) de BMX, elle est adulée dans son pays où la jeunesse la considère à la fois comme un modèle et une star. En plus de quelques croustillantes anecdotes, qui ont émaillé son parcours sportif hors norme, la jeune femme au grand cœur évoque ses passions, se raconte, et se dévoile pour FP.

 

OC : Votre mari est Français, je suppose que ce n’est pas votre premier séjour en France…

Mariana Pajón : J’adore la France ! En fait mon grand-père était Français, donc j’ai beaucoup de liens avec la France.

Je suis venue en France pour la première fois il y a très longtemps. Mon premier championnat du monde était en France. C’était ma première course importante et l’aboutissement d’un rêve, j’avais 7 ans. A cette époque, il nous était difficile de voyager hors de Colombie. Mon frère participait déjà aux tournois mondiaux et je le regardais à la télé, envieuse. Puis est venu le jour où il a jugé que j’avais toutes mes chances de gagner et que cette fois il allait rester et que moi J’irais en France.

 

Claire Mendy : Vous avez commencé les championnats du monde à l’âge de 7 ans. Comment est-ce qu’une petite fille Colombienne décide un jour de prendre un vélo et de faire de la compétition en BMX ?

Mariana Pajón : C’est vrai, c’est même un peu bizarre, je dois le reconnaître. J’ai commencé à faire du vélo à l’âge de 3 ans. Je suis née dans une famille de sportifs : mon père faisait de la course automobile, et ma mère des concours hippiques. Toute ma famille pratiquait soit le tennis soit le golf. Un jour mon autre frère a essayé une course de BMX, cela avait l’air sympa et ressemblait à un vélo. Je n’avais qu’une seule envie : c’était d’essayer ! Toute petite déjà je parcourrais le pays avec mes parents pour différents championnats nationaux. Je voulais faire du BMX comme mes frères, je voulais pouvoir les battre dans tout y compris en BMX. Mes parents ont eu un peu peur pour moi quand j’ai commencé ce sport dans un club, j’avais 4 ans. J’étais la seule petite fille au milieu de plein de garçons. Ma mère a insisté pour que parallèlement je fasse de la gymnastique. J’étais toute heureuse d’aller aux entrainements de BMX. Je portais mon casque depuis la maison et je ne voulais pas le retirer. Mes parents ont fini par se rendre compte que j’étais passionnée par le BMX. Ils m’ont acheté un BMX rose, un casque rose et tout l’équipement en rose pour que je reste féminine. Cela tranchait véritablement avec les petits garçons qui eux, avaient des vélos et des équipements moins « colorés ».

 

OC : Quel souvenir gardez-vous de votre première médaille à l’âge de 9 ans ?

Mariana Pajón : Je me rappelle parfaitement mes débuts. J’ai commencé mes premiers championnats internationaux quand j’avais 5 ans. C’était une course continentale. Je me rappelle que je posais plein de questions et surtout que je voulais savoir si je pouvais courir avec les garçons. Les organisateurs et mes parents m’ont laissé courir et j’ai gagné ! Je me rappelle d’un garçon mexicain qui est arrivé second. Lui et ses parents étaient très impressionnés. Ils m’ont dit que c’était sûr qu’un jour je serai une grande championne. Mon premier titre mondial je l’ai décroché à l’âge de 9 ans en Argentine. Je me souviens que j’étais gênée d’aller sur le podium quand on a annoncé que j’étais la gagnante. J’étais timide et impressionnée par toutes ces personnes qui voulaient me féliciter.

 

Claire Mendy : Vous êtes une icône dans votre pays, une personnalité sportive respectée et admirée. Que faites-vous de ce statut particulier et de cette notoriété exceptionnelle ? Etes-vous impliquée dans des causes particulières par exemple ?

Mariana Pajon : Mon histoire est différente des autres pilotes du fait que je suis née dans un pays qui a beaucoup souffert de la violence et de la mauvaise réputation que nous avions à l’étranger. Il était par exemple difficile de sortir du pays pour compétir. Mon premier titre olympique était seulement le deuxième que le pays ait jamais remporté. Quand je l’ai gagné je ne réalisais pas à quel point c’était historique en Colombie. (NDLR : La Colombie n’a que trois titres olympiques et deux appartiennent à Mariana). Tout le pays s’est littéralement arrêté pour regarder ma course. C’était phénoménal ! Et quand je suis rentrée au pays c’était comme si je débarquais sur une notre planète. A mon arrivée à l’aéroport, l’accueil que j’ai reçu était très spectaculaire et cela a continué avec des dizaines d’interviews et des voyages au travers toute la Colombie. J’étais préparée à gagner cette médaille mais pas à tout ce que cela a déclenché sur le plan médiatique tellement c’était énorme. C’est à ce moment que j’ai compris qu’il ne s’agissait pas seulement de gagner une médaille d’or mais que j’allais pouvoir avoir un véritable rôle à jouer. Je devais être un exemple et porter un message. C’est ainsi que j’ai créé ma propre fondation. Et j’ai commencé à voyager à travers le pays. Je voyageais tellement que je ne pouvais plus prendre un avion de ligne. On a dû me prendre un avion privé pour que je délivre mon message. J’allais expliquer que le bonheur était atteignable par nous tous, qu’on pouvait en rêver, et que c’était possible. Et surtout qu’on y avait tous droit. J’avais une devise : « Au-delà de l’or ». Pour dire qu’il ne s’agissait pas juste d’un titre, même olympique. Je disais à mes compatriotes qu’on devait refuser d’être réduit à la violence ; que nous n’étions pas que des Pablo Escobar ; que nous avions d’autres valeurs.

Je considère que je suis non seulement une ambassadrice pour mon sport, mais aussi pour mon pays tout entier. J’ai donc une énorme responsabilité. Vous savez ce que je vis ici avec vous, assis tranquillement pour une interview est pour moi atypique. En Colombie si j’avais accepté une interview j’en aurais eu au moins 10 par jour. Donc j’entends profiter de cette opportunité pour mon pays et délivrer des messages.

 

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Claire Mendy : Que faites-vous concrètement avec votre fondation ?

Mariana Pajón : Nous aidons les gens. Par exemple nous retirons les armes des mains des enfants pour leur offrir des vélos à la place.

 

OC : J’ai une question qui s’adresse à la jeune et jolie femme que vous êtes. A part être cette grande championne de BMX, quels sont vos autres centres d’intérêt dans la vie ?

Mariana Pajón : Rire ! Certes, le BMX est un sport extrême et la plupart des pilotes sont des garçons, mais je reste très féminine. J’aime beaucoup les fringues et faire du shopping avec mes copines, comme toutes les filles de mon âge. J’aime Andres Pajón, un designer colombien qui porte le même nom que moi. J’ai plein de passions en dehors du sport : prendre soin de moi, me maquiller (même pour aller rider), cuisiner…

 

OC : Pouvez-vous nous dire à quoi ressemble une journée typique d’entraînement pour une grande championne comme vous ?

Mariana Pajón : Je prends du plaisir à chaque entraînement. Mon programme dépend des courses à venir ou de la semaine. En temps normal on s’entraîne deux fois par jour. Le matin on va à la gym pour faire de la musculation. On fait des exercices de vélocité, ensuite on fait des exercices techniques sur la piste : enchaînement de départs sur la grille, enchaînements de sauts. Nous faisons vraiment beaucoup de choses y compris de l’entraînement mental, de la psychothérapie. Toute la journée est vraiment autour du BMX avec mes différents coachs.

 

Claire Mendy : Vous avez deux titres olympiques. Au cours de votre carrière avez-vous été inspirée par une sportive en particulier ?

Mariana Pajón : Oui : avant de commencer le BMX j’ai fait de la gymnastique pendant longtemps et mon idole en tant que gymnaste était Nadia Comaneci. A cette époque je rêvais déjà d’un titre olympique alors que le BMX n’était pas encore un sport olympique. Quand le BMX est devenu un sport olympique tous les feux étaient au vert pour atteindre mon objectif à travers ce sport. Mais c’est Nadia Comaneci qui a fait germer en moi l’idée de décrocher un titre olympique.

 

OC : Le BMX est un sport assez dangereux, risqué avec pleins d’imprévus. On peut manquer son départ, chuter ou même être écartée de la piste par une autre concurrente. Ce n’est donc pas toujours le favori qui remporte la course. Comment avez-vous réussi à déjouer tous les pronostics et à remporter autant de titres ?

Mariana Pajon : (Rire) Mon secret va vous sembler simple car en réalité ce n’est pas vraiment un secret : j’adore ce que je fais. C’est mon boulot mais c’est aussi ma passion. Pour moi ce n’est pas un sacrifice de m’entraîner tous les jours. J’essaie au quotidien de m’accomplir et de m’améliorer, c’est cela mon vrai défi. J’adore mon job : je voyage à travers le monde ; j’ai aussi la chance d’avoir rencontré mon mari, l’amour de ma vie, à travers ce sport. Le BMX m’a vraiment beaucoup donné. Mes parents m’ont toujours dit de m’éclater dans mon sport et de faire de mon mieux. C’est ce que je fais tous les jours. Il m’arrive parfois de ne pas être motivée ou de ne pas avoir envie d’aller m’entraîner, mais je me suis fixée une discipline. Je sais aussi que ce n’est pas simple d’être numéro 1. Tout le monde s’entraine pour gagner. Parfois je ne gagne pas. Dans tous les cas, même lorsque je ne passe pas la ligne d’arrivée en premier, je sais que j’ai donné mon maximum et c’est le plus important.

 

Mariana Pajon : Multiple championne du monde et double championne Olympique (Londres 2012 et Rio 2016) de BMX.

OC : Récemment vous avez commencé le cyclisme sur piste, discipline où les athlètes sont généralement des grands gabarits. On aurait plutôt tendance à croire qu’il faut ce genre de physique pour réussir en cyclisme. Le BMX, semble échapper à cette règle avec des championnes sveltes et féminines comme vous. Comment l’expliquer ?

Mariana Pajón : (Large sourire). C’est vrai que la plupart des compétitrices sont plutôt grandes et costaudes dans le cyclisme. Vous savez, sur le podium parfois, même en étant sur la plus haute marche je suis encore plus petite que la troisième. En fait, en BMX, il n’est pas nécessaire d’être un grand gabarit pour gagner ; même si cela peut aider. En revanche vous devez être puissante et surtout forte techniquement. Je crois que le BMX ce n’est pas simplement la force, c’est aussi, la vélocité, le pilotage, la technique pour franchir et sauter les obstacles. Des qualités que je pense avoir su développer au cours de ma carrière, en prenant du plaisir et en restant très féminine.

Interview réalisée par : OC et Claire Mendy

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