Que c’est bon d’être une victime !

Hummmmm, Que c’est bon, d’être une victime !

Vous ne trouvez pas ?

Mais si, réfléchissez-y ! Rien de ce qui m’arrive n’est ma faute ! Vous imaginez le confort ?

Professionnellement, si je n’avance pas, je n’y suis pour rien, bien entendu ! On voit bien que vous ne connaissez pas mon patron ! C’est un salaud au carré ! Il n’a qu’une obsession, empêcher ma progression dans la boîte ! Son deuxième prénom, c’est « Idéfixe » ! Son but dans la vie, ce à quoi il pense le matin en se brossant les dents, le midi, en avalant son sandwich, et sa dernière pensée du soir, juste avant l’extinction de la lampe, c’est simple : Bloquer mon avancement, me maintenir à cette place obscure de sous-chef dans ma boîte toute ma vie ! Il n’a ni famille, ni loisirs, ni rêves, ni désirs : Ils sont tous concentrés, cristallisés en une seule personne, un seul projet : MOI !

Alors, comment voulez-vous que je m’en sorte ? De quelles armes puis-je me prémunir contre un tel monstre ?

Trouver du réconfort dans ma famille ? Ne m’en parlez pas ! Ils sont tous ligués contre moi ! Depuis toute petite, j’ai été leur souffre-douleur ! La plupart des tâches m’incombaient ! Mais devinez qui était le plus souvent mis en cause à la moindre bêtise ? Moi, bien sûr ! Et pourtant, j’étais tellement gentille ! J’acceptais tout ce qui m’étais demandé, y compris ce qui me révoltait ou allait à l’encontre de mes intérêts ! J’acceptais de me désigner coupable des désirs des autres. Je voulais tellement être aimée ! Mais que nenni ! Les autres récoltaient tout le gâteau d’affection de mes parents et j’étais là, laissée pour compte ! J’en ai tellement souffert !

Et puis, un jour, j’ai rencontré le partenaire idéal ! Celui dont j’avais toujours rêvé, celui qui me sauverait de tout, y compris de moi-même ! Celui qui réparerait toutes les erreurs : De ma famille, de mes parents, de mes amis, de mes collègues et de mon patron ! Ah, celui-là, je l’avais tellement vu en rêve ! Je savais qu’au premier regard, je le reconnaîtrais, je devinerais que son armure magique, uniquement confectionnée pour moi, serait outillée pour me sauver, me venger des vicissitudes de la vie ! Que s’est-il passé quand il s’est présenté ? J’en suis tombée amoureuse, pardi ! Mon regard l’a paré de tout ce qui me manquait ! Ah, lui, il me comprenait ! Chaque fois que je lui parlais de mes blessures, il compatissait, me cajolais, posait un pansement par ci, un sparadrap par là. Et j’étais heureuse : Je ne m’étais pas trompée.

Et puis, il a commencé à me parler de ses petits bobos à lui. Bien minimes par rapport aux miens ; Je le lui faisais remarquer ! Fallait bien qu’il comprenne que ces vétilles n’étaient rien comparées aux drames de ma vie. Il fallait qu’il passe à autre chose, qu’il se consacre à nouveau à mes problèmes. Ça le calmerait, il noterait la différence et, heureux de son sort à lui, se pencherait uniquement sur tous les drames de ma vie. Voilà, j’étais heureuse d’avoir trouvé une solution pour lui. Il devait revenir à l’essentiel : Moi !

Au début, j’ai cru que ça y est, il avait compris ! Toutes nos conversations tournaient à nouveau autour du seul sujet universel à notre couple : Moi : Et, insidieusement, j’ai noté comme un repli de sa pensée. Quand je lui parlais, je sentais que, très vite, il détournait la conversation, vers autre chose, vers lui ! J’en fus fort dépitée. Mais je ne pouvais abandonner comme ça ! Il était le chevalier envoyé sur terre pour me réparer ! C’était lui, l’ange désigné pour être ma moitié d’orange. Il était fort, suffisamment en tout cas pour porter entièrement sur ses épaules la charge de mes désillusions, de mes peurs, de mes manquements, de mes désirs.

Je le lui ai donc rappelé. Mais, étrangement, plus je me plaignais auprès de lui de son manque d’engagement à mes côtés, plus il s’éloignait. Je le remarquais bien. Il était moins attentif, m’écoutait à moitié, m’incitait même à tourner certaines pages du livre de ma vie ! Elle est bien bonne celle-là ! J’étais là, sanguinolente de la tête aux pieds et il voulait que je me mette à l’abri du soleil ? Pas question ! Je préférais rester stoïque, digne sous ces ardents rayons, qui me brûlaient, me consumaient toute entière. Le monde verrait alors combien j’ai le sens du sacrifice ! Ils verront, tous, combien ils m’ont fait souffrir, ils comprendront l’étendue de mon abnégation, pour eux, pour tous ces ingrats !

– Alors ? Que penses-tu ? N’est-ce pas ignoble, ce qu’ils m’ont tous fait subir ?
– Tu sais quoi, ma chérie ? Je te suggère deux choses : Une douche froide pour que le choc thermique soit suffisant grand pour t’obliger à te ressaisir, et l’achat d’un dictionnaire. Tu l’ouvriras à la lettre R, et entre les mots resplendir et resquilleur, tu en trouveras un qui changera toute ta vie car il te permettra d’en reprendre possession et d’en définir la suite : Il s’agit du mot : Responsabilité.  Ne me remercie pas, c’est cadeau !

billet d’humeur, Corine Dossa, Responsabilité

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