Tradition d’Afrique

HUMMM, Traditions d’Afrique ….

l’annonce de ma première grossesse à ma mère, sa première réaction fut :

L’accouchement est prévu pour quand ?
– Le 22 Juillet.
– Impossible, je ne pourrai être là. Mais ne t’inquiètes pas, je dépêcherai auprès de toi, une de tes tantes

Il n’y avait là, aucun doute dans sa voix dynamique, presque tranchante, qui organisait déjà les semaines post accouchement. Je vivais en France, elle au Bénin, Je n’avais pas grandi avec elle, mais avec mon père et son épouse. Je ne la fréquentais que pendant les vacances scolaires. Et pourtant, à ce moment-là, précieux moment de la maternité, elle reprit tous ses droits. Sur moi, et sur le bébé à venir. L’arrivée dans ce monde de ce petit poupon devait être préparé avec précision. Moins de 24h plus tard, elle m’annonça au téléphone, que ma tante Bernadette, qui vivait en région parisienne et que je connaissais très peu serait sa remplaçante.

C’est ainsi que, dès mon départ pour la maternité, ma tante fut appelée. Toutes affaires cessantes, elle débarqua dans notre appartement, à Créteil, et prit les choses en main. 28 ans plus tard, j’en garde encore un souvenir ébloui. Elle veilla sur moi, sur mon bébé, sans jamais, absolument jamais empiéter sur mon territoire. Elle semblait deviner exactement les moments où ma fatigue me donnait envie d’étrangler mon bébé hurlant et se précipitait pour m’offrir quelques heures d’une bienheureuse sieste. Et elle réapparaissait, comme par miracle lorsque ma tendresse débordante me portait à serrer mon bébé sur mon cœur.

Mais le plus beau souvenir, pour moi, reste les séances des bains. Matin et soir. Un cérémonial aux gestes d’une précision chirurgicale, réalisés dans un ordre précis.

Ma tante dédaignait le confort de cette grande salle de bain moderne, pour y installer tout son matériel de matrone : 2 tabourets, un pour s’y assoir et l’autre pour y poser les pieds, une bassine vide à poser sous le genou pour recueillir l’eau du bain, deux seaux remplis d’eau à des températures différentes et une petite bassine comportant le savon, l’éponge, les pommades pour le massage.

Le bébé était posé sur ses cuisses, peau contre peau.

Et là, le cérémonial du bain pouvait commencer, qui comportait :

  • Les gestes destinés à une bonne digestion
  • Ceux ayant pour but d’éviter des démangeaisons multiples, plus tard, dans les parties génitales
  • Ceux visant à accentuer la souplesse des membres
  • Le geste précis qui devait éviter au bébé d’avoir, adulte, les pieds plats
  • Celui, pour lui éviter d’être sujet aux régurgitations trop fréquentes
  • Et puis, tous les gestes ayant pour but d’offrir au bébé, un physique agréable : Un beau port de tête, des fesses joliment bombées pour les filles, de jolis mollets, des chevilles fines, un dernier geste très bref et très technique, très peu apprécié des bébés, qui consiste, à les tenir par les pieds brièvement, et qui a pour but d’en faire, plus tard, des adultes valeureux.

Le bain prenait fin sur un massage, long, lent, aussi tendre que ferme. Ce moment semblait alors, d’après le visage du nourrisson, un moment de totale béatitude.

Ma tante m’apprit beaucoup, sur l’interprétation des pleurs du bébé, sur les gestes de guérison, les mélanges alimentaires à éviter, les attitudes à encourager et celles à réfréner.  Elle fut une enseignante bienveillante, une aide précieuse.

Je parlai, pour la première fois, de cet épisode lors d’un séjour linguistique à Bournemouth, en Angleterre. Dans une école qui accueillait des étudiants du monde entier venus se perfectionner dans la langue de Shakespeare. Au bout des 5 semaines de cours, nous devions, chacun, préparer un exposé de 10 minutes sur le sujet de notre choix. C’était dans les années 90. Je choisis de parler de ce beau continent, l’Afrique, et donnai quelques exemples des traditions, notamment celle -ci, qui expliquait en partie le nombre peu élevé de baby blues chez les primipares, comparé aux pays d’Occident.

A la fin de mon exposé, mes 40 camarades de promotion m’observèrent, totalement hallucinés : Ah bon ? Il y avait donc des choses positives sur ce continent ? Really ? Yes, indeed !

Je pus constater que, pour la plupart, l’étonnement était sincère. Cette info ne leur était simplement jamais parvenue.

Et, si ce souvenir me revient aujourd’hui, c’est parce que, récemment, je tombai sur Facebook sur une magnifique image d’une Femme Africaine, fière et altière, portant son bébé, au dos. J’écrivis mon commentaire : « Bienheureux bébé !  mes 2 enfants ont adoré ce contact avec moi, et je ne m’en privais pas ! ».

Sous mon commentaire, quelqu’un écrivit : « Pauvres bébés ! A cause de vous, ils doivent avoir les jambes arquées, aujourd’hui » !

Que répondre à ça ? Je choisis l’humour, en précisant qu’en effet, en Afrique noire, la plupart d’entre nous devrions avoir les jambes arquées et que c’est sûrement pour importer cette difformité qu’on voyait, partout en occident, de plus en plus, toute sortes d’équipements destinés à nous imiter en portant les bébés sur le ventre, les hanches ou le dos !

Que dire d’autres ? Il n’y a pas plus sourd que celui qui refuse d’entendre, et certaines idées, dès lors qu’elles viennent d’Afrique, sont, au mieux, détournées, au pire raillés !

Mais ces femmes, tantes, marraines, voisines, cousines, poursuivent leur tâche, si précieuse, si utile, et si louable ! J’ai dores et déjà désigné celle qui donnera le bain à mes futurs petits enfants !

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