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Spéciale JTEX 2016

Chris de Mens : " La mode africaine va très bien"

Elle est, à ce jour, l’un des fers de lance de la Mode togolaise. Vous pourrez bientôt la découvrir dans le beau livre “Le Togo à la Mode” du célèbre photographe  Frédéric La Chapelle, en collaboration avec l’auteur Jean Yves Augiel. Pionnière de la nouvelle vague togolaise, la séduisante styliste Chris de Mens a pris une part active aux récentes JTEX 2016. A cette occasion, elle a choisi, avec le concours de la griffe  “La Perle Noire”, de présenter une collection toute en dentelle. Rencontre.

Quelques mots sur la collection que vous avez présentée à l'occasion des JTEX 2016, à Cotonou?

C’était une collection toute en dentelle. Celle que j’ai utilisée, je me la suis procurée au magasin la Perle Noire, ici, à Cotonou. J’ai présenté des tenues de soirée, de ville, de sortie. L’idée était de montrer que la dentelle était un tissu utilisable à tout moment. De plus, elle est en coton, une matière première dont nous disposons en Afrique. Je voulais aussi montrer qu’on pouvait, avec la dentelle, aller au-delà des tenues traditionnelles et faire des robes ou des tenues de haute couture par exemple.

Pourquoi avoir proposé une collection en collaboration avec la boutique "La Perle Noire" et Mme Rabiatou Badirou?

Je voulais, pour cette cinquième édition du JTEX, utiliser sa dentelle qui est de très bonne qualité, de sorte que les clientes intéressées puissent à la fois acheter ma collection à la boutique mais aussi acheter cette belle dentelle chez “La Perle Noire”. C’est un clin d’œil à Rabiatou Badirou, qui me tenait à cœur.

Vous faites partie des stylistes à avoir été sélectionnés pour le livre "Le Togo à la Mode" qui devrait sortir dans quelques semaines. A quoi ressemble la mode de votre pays aujourd'hui?

J’ai envie de vous dire que la mode togolaise se porte très bien: de plus en plus de femmes s’habillent en tenue africaine, en dentelle, en pagne et ça leur va bien. Quant aux stylistes togolais, ils vont chercher à l’extérieur des matières premières afin de rehausser ce qu’il y a de beau chez eux. Lorsque l’on parle de mode au Togo, on pense souvent aux “Nanas Benz”. Elles n’ont pas complètement disparu puisque les “nanettes”, c’est-à-dire leurs filles et petites-filles, leur ont succédées. Cela nous permet ainsi de toujours disposer de jolis pagnes et modèles que nous proposons à notre clientèle. Et comme nous innovons sans cesse, je peux affirmer que la mode togolaise va très bien, de même que la mode africaine.

JTEX 2016: entre Mode et nouvelles technologies

Photo de titre: Au centre, Rabiatou Badirou et Pathé Ouedraogro, entourés des invités et stylistes des JTEX 2016.
Initiées en 2007 par Rabiatou Badirou, fondatrice de la marque “la Perle Noire“, les Journées du Textile (JTEX) se sont tenues, pour la 5ème fois à Cotonou (Bénin), du 14 au 17 janvier derniers.
Mode développement et nouvelles technologies” était le thème choisi pour cette très attendue édition 2016. Conférence de presse, débats et tables rondes ont permis d’identifier les moyens de permettre aux jeunes créateurs de vivre de leur savoir-faire tout en utilisant au mieux les avantages et la visibilité que permettent les nouvelles technologies.
Au sortir de ces rencontres, de nombreuses idées ont été avancées: par exemple,  la possibilité pour les créateurs béninois de se regrouper pour avancer ensemble,  mais également pour transmettre leurs expériences et connaissances en créant un centre de formation aux métiers de la mode.
Parrainé par le doyen des créateurs africains, l’Ivoirien d’origine burkinabè, Pathé Ouédraogo (Pathé’O), la soirée des JTEX s’est déroulée en deux parties.
La première, dédiée au concours des jeunes créateurs, a permis à trois créatrices en herbe de se distinguer. Elles ont eu l’occasion, devant un large public, de montrer leur talent à travers trois passages (tenue de ville, traditionnelle et de soirée) et en utilisant les mêmes tissus. La seconde partie de la soirée a été longue mais somptueuse, avec le grand défilé d’une quinzaine de créateurs africains.  Ponctuée par des prestations artistiques de qualité (Stony, Madou, Zénab, etc.), les collections présentées  étaient originales, chatoyantes, faites de textiles riches et festifs. Elles ont tenu toutes leurs promesses et su séduire un public béninois réputé difficile et des invités prestigieux.
Rabiatou Badirou, promotrice des JTEX, répond à nos questions.
Les JTEX 2016 en quelques chiffres

 

 

  • 15 stylistes internationaux et béninois
  • 10 journalistes (presse internationale)
  • 50 journalistes (presse locale)
  • 4 artistes de la chanson béninoise et internationale.
  • 50 mannequins internationaux et béninois.
  • Soirée JTEX 2016: 1000 personnes

 

 

Vous venez de clore la 5ème édition des JTEX. Quel bilan faites-vous et quelles sont vos impressions?

Nous ferons le bilan avec le comité d’organisation, les partenaires et les médias. Pour l’heure, ma réelle satisfaction vient du Concours des jeunes créateurs. Nous avons pu donner à ces espoirs de la créativité béninoise l’opportunité de montrer ce qu’ils savent faire. Nous promettons, en plus du prix qui leur a été donné à chacun (ndlr: 300 000  FCFA/ 200 000FCFA et 100 000 FCFA), de les suivre pendant un an, afin qu’ils puissent mieux s’organiser dans leur travail.

Il y a donc un suivi après l'évènement?

Absolument! D’ailleurs, vous avez vu que deux jeunes qui ont été primés lors du concours précédent des JTEX 2013, ont défilé cette année, au même titre que les grands créateurs du continent. Cela signifie qu’aujourd’hui ils arrivent à s’imposer comme créateurs à part entière. Il était important de les aider à avoir de la visibilité, à mieux créer et à mieux identifier leur clientèle. L’idée étant de leur permettre de vivre de leur métier, d’être épanouis.

Ayden et Rabiatou Badirou

Vous auriez pu continuer à vivre tranquillement en dirigeant votre boutique de textiles et d'habillement "La perle noire". Pourquoi avoir choisi d'initier un tel événement dans un pays où il est parfois difficile d'organiser des événements de grande envergure?

C’est le goût du partage, de l’amitié, du travail bien fait et de l’effort que ma mère m’a légué. C’est vrai que j’aurais pu rester tranquille, mais comme disent les Anglais, “it keeps me going“. J’ai besoin de ce challenge pour trouver ma place dans la société. Je voudrais donner un peu de mon expérience aux plus jeunes pour leur offrir un meilleur avenir professionnel. Nous n’avons pas le choix, nous devons donner aux jeunes un peu de ce que l’on a reçu. Et c’est grâce au textile que je peux tendre la main et aider à mon tour. Je suis, depuis quinze ans, la marraine d’un centre artisanal, dirigé par Mme Kossou Victorine, à Abomey qui initie de jeunes orphelins aux métiers du bois et du tissage. A chaque édition des JTEX, nous leur rendons hommage et reversons une partie des recettes  au centre de formation.

Quel est votre prochain challenge?

Préparer les Jtex 2018, mettre sur pied avec les créateurs béninois un comité pour suivre ce que font les jeunes créateurs et créer un centre de formation car le besoin est là. Ils ont des idées, du talent et de l’inspiration, mais il leur faut être plus structurés et avoir une meilleure visibilité.

Kadiatou Konaré, Rabiatou Badirou, Ayden et Pathé’0″

Pourquoi avoir choisi ce thème, qui est, évidemment, d'actualité?

Toute la journée, nous sommes connectés grâce aux nouvelles technologies. Cela n’échappe à aucun corps de métier car on ne peut rien faire aujourd’hui sans internet par exemple. Un créateur peut fabriquer  un modèle et le mettre sur internet de sorte qu’il sera vu par des milliers de clients potentiels. Et peut-être qu’il aura des commandes par la suite.

Entre nous, quel est votre coup de coeur de la soirée des JTEX 2016?

Mon coup de cœur ce sont les drapés de “La perle noire”: j’y tiens! Je suis née avec une étoffe de tissu dans les mains. Je rends hommage à ma mère Laoulatou Alli née Yaya Oyé qui,  à 93 ans, possède toujours ses stands de tissus au marché international de Dantokpa. Elle a l’habitude  de demander, chaque soir à son personnel, le tissu qui a le plus plu au marché. J’ai cela dans la peau. Mon coup de coeur  va donc aux drapés. Et aussi à la collection que je dirige avec l’aide de certains créateurs.

Nous sommes au début de l'année 2016. Que peut-on vous souhaiter?

La santé et la joie de vivre sans lesquelles, rien n’est possible.

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Les stylistes des JTEX 2016 (Par ordre d'apparition)

1)Yak Lay

2)Laurence Création

3) Sonia Damala ( Sonia Cothes)

4) Sessi Edi

5) Sémiliko

6) Koro DK Style

7) Olowou

8) Collé Sow Ardo

9) Les jumelles de Brazza

10) Patrick Assente

11) Momoché

12) Ali Koné

13) Chris de Mens

14) Isi Atagamen

15) Fadi Maïga

Crédit photos:
Frédéric La Chapelle
Lisbeth Photo Cotonou

Christiane Ngono: design afro chic et convivial

Architecte d’intérieur formée à l’Université des Arts de Londres, Christiane Ngono est née en France de parents camerounais. A peine diplômée, la jeune femme dynamique et visionnaire crée “Afro By Nature”, sa propre marque de décoration. Dans la foulée,  elle lance “Design à la source” qui est à la fois une boîte d’architecture d’intérieur et un concept multiculturel faisant office de boutique d’objets originaux et uniques, mais également de salon de thé cosy au cœur du Quartier Latin, à Paris. Rencontre.

Quelles étaient vos motivations en créant votre entreprise "Afro by Nature"?

Je voulais créer ma boîte de décoration intérieure en utilisant des motifs africains et mes différentes influences liées à mes voyages. Je crée aussi bien des lés, que des coussins ou de petits objets muraux et décoratifs. Je voulais mes créations à la fois originales et inspirées de mes origines. Pour cela, je fais constamment des recherches sur les symboles et les langages visuels que constituent les textiles africains: ndop, ntchack, bogolan, kuba, korogho… A mon sens, ceux d’Afrique de l’Ouest sont en général plus faciles à décrypter que ceux d’Afrique Centrale. J’essaie de transmettre un message à travers mes créations qui sont pour moi de véritables vecteurs.

Vous exposez, dans votre boutique/salon de thé, différents artistes qui viennent de pays et d'univers très divers. Comment les choisissez-vous?

Design à la Source” est en effet ouvert au monde entier et tous les artistes y sont les bienvenus. Mes critères? Que cela soit fait main. Que cela soit atypique et spécial. Je donne ainsi la priorité aux pièces uniques et aux séries limitées. Il faut juste que cela soit beau et surprenant et que cela suscite un intérêt immédiat.

Vous êtes une jeune chef d'entreprise, comment vous rétribuez-vous?

En général, je loue l’espace, et dans ces cas-là, les ventes sont entièrement destinées aux exposants. Cela permet aux créateurs qui exposent de rester chez eux et de créer pendant que je vends à la boutique leurs œuvres. C’est une vraie relation de confiance. Souvent, les créateurs n’ont pas de site internet de vente. Dans ce sens, “Design à la source” est aussi une plateforme d’entraide, abordable pour tous.

"Design à la source", c'est aussi des "late night shopping", dont tout le monde parle...

C’est en général une fois par mois, durant le premier week-end, et là, on ferme les vendredis et samedis à 22h. L’idée est de venir se détendre après le travail puisque nous avons aussi un salon de thé où l’on peut boire du jus de bissap, du gingembre, etc. C’est toujours dans une ambiance musicale conviviale et amicale. Et c’est aussi l’occasion de rencontrer les artistes présents. C’est un beau moment d’échange et de convivialité que l’on annonce sur notre page Facebook.

Contact:

Facebook: Design à la source

http://www.afrobynature.com/

London Afro By Nature, 30 Beaumont Buildings, Martlett Court, London WC2B 5SF – +44(0)7949652757

Paris   Afro By Nature et Design à la source , 5 rue Laplace 75005 Paris – +33(0)981317290 – cn@afrobynature.com

Crédit photos: Jean-Luc Lambeau