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Pape Diouf : une icône olympienne s’est éteinte !

Après avoir endeuillé le monde de la musique africaine, la grande faucheuse avec lame du COVID-19 arrache à l’affection des sportifs l’ancien président de l’Olympique de Marseille (2005-2009), Pape Diouf.  Sous assistance respiratoire depuis samedi 28 mars 2020 à Dakar, à l’hôpital Fann, le Franco-Sénégalais a rendu l’âme, à l’âge de 68 ans, ce mardi 31 à Dakar. Il devient ainsi le premier cas de décès causé par le coronavirus, enregistré par le Sénégal.  

Juste un coup d’œil sur les réseaux sociaux donne un aperçu sur la dimension de l’homme qui a quitté ce bas monde. Jean Luc Mélenchon, le Paris Saint Germain, Habib Beye, Youssou Ndour, entre autres personnalités ont tous rendu hommage au défunt agent de plusieurs footballeurs africains. Une disparition qui a pris au dépourvu le monde entier car sa contamination n’a pas été médiatisée. En annonçant que deux patients étaient sous assistance respiratoire, lors de son communiqué quotidien, très peu étaient ceux qui savaient que Pape Diouf était l’un d’eux, car le ministre de la santé du Sénégal s’est fait l’économie des détails les concernant en dehors du fait « qu’ils ont des âges avancés ». Sa contamination sera révélée à l’opinion internationale quelques heures avant son décès, où son rapatriement imminent en France était évoqué, vu l’état critique de sa santé. Par malheur, l’aéronef n’a pas pu décoller, il s’éteint avant son évacuation. 

Une grosse perte pour le monde du football. L’homme qui a frayé le chemin à beaucoup de jeunes africains en France : Alassane Ndour, Didier Drogba, Marcel Desailly, Basile Boli, etc. tourne le dos à jamais à ce sport qu’il aimait tant. 

Le natif d’Abéché (Tchad), le 18 décembre 1951 a marqué l’histoire du football français. Mababa Diouf à l’état civil, après son arrivée en France, à peine majeur, il travaille aux PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones) avant d’intégrer le journal La Marseillaise comme journaliste pigiste. Brillant rédacteur, il est embauché à plein temps et devient le journaliste spécialisé de l’Olympique de Marseille. Le début d’une relation amoureuse entre Pape Diouf et le club Olympien. Du manager général du club en charge des affaires sportives en 2004, il devient président du directoire de l’Olympique de Marseille à l’automne de la même année. Sous sa présidence, le club multiplie les bonnes performances en France et en Europe. Un franc succès qui fait qu’il est adoubé par les supporters du club Olympien. C’est pour cela quand il a été débarqué, le 17 juin 2009, ils ont réclamé son retour en vain. Il est devenu par la suite consultant de plusieurs médias français, dont Le Monde et Canal+. Il a travaillé pour le très suivi magazine « Talents d’Afrique » de Canal+.

Au Sénégal où il venait régulièrement, il a souvent joué le rôle de facilitateur entre l’équipe nationale et les différents sélectionneurs. L’ancien ministre des sports sous le président Abdou Diouf, Abdoulaye Makhtar Diop a rappelé le rôle essentiel qu’il a joué sur la venue de Claude le Roy et de Bruno Metsu sur le banc Sénégalais. Il était également une voix autorisée du foot Sénégalais, parce que connaissant les joueurs. 

Ainsi donc le départ de la première victime du COVID-19 au Sénégal est perçu comme un électrochoc pour certains qui doutent toujours de la dangerosité de cette maladie qui gagne du terrain dans ce pays. A la date du 31 mars, le Sénégal totalise 175 cas déclarés positifs, dont 40 guéris, 134 sous traitement et 01 décès.    

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Coronavirus au Sénégal : Les mesures de riposte se heurtent aux vieilles habitudes

Depuis le mois de décembre 2019, le COVID-19 fait des ravages. Apparu en Chine, le virus continue son funeste périple à travers le monde entier. Le Sénégal a eu son premier cas le 02 mars 2020. Un cas importé et qui est devenu le premier patient guérit de cette maladie dans ce pays. Mais le vendredi 13 mars, en une journée, le Sénégal comptabilise 11 patients testés positifs. Une flambée qui a invité le chef de l’Etat à faire sa deuxième sortie pour annoncer des mesures fermes afin de barrer la route au Coronavirus.

Le Président Macky Sall

C’était le 14 mars 2020, le président Macky Sall convoque à la présidence de la République un conseil présidentiel sur le coronavirus. A l’issue des concertations avec les différents responsables et autorités concernées, il prend des mesures fermes : L’interdiction des manifestations publiques pendant trente jours, la suspension des formalités liées aux pèlerinages de cette année aux lieux saints de l’islam et de la chrétienneté, et les festivités prévues le 4 avril pour la célébration du 60e anniversaire de l’indépendance du Sénégal… entre autres décisions. Et la plus récente est la fermeture de ses frontières avec les pays les plus touchés par la pandémie. Il s’agit : de l’Italie, de l’Espagne, de la France, de la Belgique et du Portugal. Alors que pour les pays de l’Afrique du nord, la mesure concerne la Tunisie, le Maroc et l’Algérie. Une mesure prise à la suite d’un constat à partir duquel les cas importés rallongent chaque jour la liste des personnes infectées. 

En dehors de ces décisions, le président a invité les Sénégalais à respecter les règles d’hygiène permettant de lutter contre la maladie. A éviter les rassemblements et les poignées de main. Dans cette foulée, les manifestations religieuses qui devaient se tenir durant ce mois de mars ont été toutes ajournées. Les guides religieux ont fait des sorties pour se plier aux recommandations du président de la République. En ce qui concerne les rassemblements publics, les forces de l’ordre interrompent les cérémonies pour obliger aux anticonformistes de respecter les mesures prises. C’est pour cela, qu’au fur et à mesure, ces rassemblements se raréfient. Mais le véritable problème demeure les poignées de mains. Nombreux sont ceux qui ignorent la pertinence de cette mesure. 

Une population ancrée dans ses vieilles habitudes

Certains citoyens, notamment les instruits sont ceux qui se conforment le plus aux recommandations du chef de l’Etat. En revanche, il y a des sénégalais qui doutent même de l’existence de cette maladie au Sénégal. La section de recherches de Dakar a eu à procéder à des interpellations d’individus qui ont dit ouvertement que c’est du toc ! Ils ne peuvent pas admettre que la ville sainte de Touba soit l’épicentre de cette épidémie. Les plus fanatiques n’ont pas manqué d’accuser les autorités de vouloir écorner l’image de ce foyer religieux. Pis, ils exigent qu’on dévoile l’identité des personnes infectées ou leurs domiciles précis. Malgré les spots publicitaires, ils campent sottement sur leur position. 

Les décisions prises par le président de la République Macky Sall ont été quasiment saluées par la majorité des Sénégalais. Ces derniers qui réclamaient la fermeture des frontières ont tous applaudi. Mais le respect des recommandations et mesures d’hygiène posent toujours problème. Certaines autorités n’ont pas manqué de suggérer au gouvernement de sortir le bâton pour les appeler de force aux respect des règles d’hygiène édictées. 

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Sénégal – Bajénu Gox ces médiatrices communautaires devenues incontournables

Elles sont présentes dans presque tous les quartiers des banlieues sénégalaises, ces dames qui jouent le rôle de relais auprès de l’Etat et des ONG, quand il y a une communication pour un changement de comportement à faire passer. Communément appelées Bajenu Gox qui veut dire la tante du quartier, elles sont devenues incontournables dans les politiques de sensibilisation. 

Une légitimité naturelle

 « Je n’ai jamais réclamé ce titre, je me rappelle un jour, une amie m’avait mis en rapport avec une dame qui travaille avec une ONG sur la santé de reproduction des jeunes filles. J’ai travaillé avec eux sur la sensibilisation et les causeries… et depuis, dans le quartier on m’appelle Bajenu Gox parce qu’après j’ai continué à jouer le rôle de relais pour d’autres personnes ou structures », nous a confié mère Astou, Bajenu gox à Guédiawaye, dans la banlieue Dakaroise. Ce qui veut dire que pour la plupart du temps, le choix s’opère de façon naturelle. Mais tel n’est pas le cas dans toutes les localités, car il arrive que des promoteurs les réclament dans des quartiers où elles sont absentes. Dans ce cas, les femmes se concertent et désignent celle qui portera cette casquette. 

Des médiatrices communautaires 

À l’instar des chefs de quartier ou chefs de village, elles sont souvent sollicitées pour le règlement des conflits familiaux. « Je peux dire qu’actuellement, c’est ce qui constitue l’essence de mon travail. Il ne se passe pas une semaine sans que je ne sois interpellée pour une brouille entre voisins », indique toujours notre interlocutrice. Ces dames facilitent aux chefs de quartiers leur travail, d’une part, d’autre part, cette prérogative est à l’origine de confusions entre ces deux responsables communautaires. Elles sont accusées parfois de se mêler des problèmes qui ne les concernent pas, surtout les différends provenant des couples. 

Une responsabilité différemment exercée

Si les unes outrepassent la fonction primaire de cette responsabilité, les autres se limitent strictement à la sensibilisation et la communication. C’est selon la carrure de la femme et ses relations avec les riverains. Il n’est pas donné à toute personne d’avoir les arguments pour régler certains problèmes délicats ou bien avoir la confiance des autres au point d’intervenir dans leur intimité. Ce qui renvoie au choix de ces bajenu gox. Elles sont obligées d’être en bon terme avec tout le monde pour un bon accomplissement des tâches qui leur sont assignées. Selon notre interlocutrice, dans certains quartiers, le travail se fait facilement dans la mesure où il y a une forte adhésion de la masse féminine, autrement dit, les associations ou mouvements des femmes sont très actives et n’attendent pas pour s’investir. 

Des domaines d’intervention divers

Des tout-petits en passant par les adolescents jusqu’au troisième âge, elles interviennent… Il n’y a pas de tranche d’âge exclue pourvu que cela concerne la famille, elles entrent en jeu pour aider les autres à avoir une meilleure compréhension du projet ou programme. Elles font leur travail gratuitement. Elles se satisfont des per diem et gratifications perçues rarement dans certaines activités. 

La prépondérance du rôle de ces bajenu Gox est à demander aux autorités qui inscrivent maintenant leur nom sur tous les projets. Les programmes de vaccination, la planification familiale, l’usage des moustiquaires imprégnées entre autres initiatives doivent une partie de leur réussite à ces dames. 

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La chicissime « Mamie Africa » a tiré sa dernière révérence

Le 24 décembre 2019 est un jour triste. « Mamie Africa » s’est éteinte à Paris après avoir lutté contre la maladie. Tout ceux qui l’ont connue, garde en mémoire la force de ses idées, sa maitrise de la langue de Molière et son amour passionnel pour les arts.

Chacun de nous a une histoire, voire des histoires belles, rieuses, curieuses et singulières à raconter, avec comme épicentre la grande royale Marie-Laure. Elégante comme une digne enfant de Saint-Louis, elle l’était assurément d’esprit et d’apparence. Jusqu’au bout, cette grande dame férue de culture et de savoir a illuminé de sa présence les expositions, les soirées, les rédactions et les salons en tout genre. J’aimais sa finesse d’esprit, sa curiosité. La jeunesse de son cœur et la force de ses engagements. Comme des centaines de personnes en France, au Sénégal ou ailleurs, je lui dois énormément. Je suis reconnaissante à la vie de m’avoir permis de devenir la nièce d’une si belle personne. Ses envolées lyriques, ses témoignages d’amour, ses douceurs, son amour de la vie et … ses rires éclatants résonnent encore.

Marie-Laure femme moderne s’il en est, aimait la tradition et la spiritualité de ses ancêtres d’Afrique. Sa personnalité riche, métissée et haute en couleurs faisait d’elle un être à part, unique en son genre. Tata Marie-Laure, tu étais notre mère à tous. Merci, merci, merci. Non seulement pour tout ce que tu as fait, mais aussi pour tout ce que tu étais. Que le tout puissant t’accueille pour la vie éternelle.

« Grande Dame franco–sénégalaise de la Culture et de l’Art, Mécène d’Art, collectionneur, Ambassadrice discrète, Chevalier des Arts et des Lettres, élevée dans l’Univers du grand poète et philosophe Monsieur Léopold Sedhar Senghor (Président du Sénégal et membre de l’Académie Française), Son grand-oncle.

Très affectueusement nommée le « griot de l’Art contemporain » Marie-Laure CROIZIERS de LACVIVIER marque par son esprit rapide et passionné, poétique et singulier ; personne ne reste insensible à son charme, presque chamanique …

Marie-Laure CROIZIERS de LACVIVIER a beaucoup contribué et contribue encore à promouvoir, soutenir, le monde de l’Art de Paris à Dakar et dans le Monde.
Tous les amis du Monde de l’Art, l’écoutent, la respectent dans sa philosophie complète et poétique.

Après une longue carrière à L’UNESCO de 28 ans, où elle a défendu et mis en œuvre non seulement l’Art africain, mais aussi l’extension de la culture africaine dans la francophonie, sans doute en regard de son mentor Léopold et de la vision économico-humaniste de Michel Rocard ; Marie-Laure avec son charisme y a conquis de nombreux ambassadeurs. Marie-Laure est un personnage incontournable de cette noble institution, elle est écoutée et respectée dans son combat, tant elle y met de l’énergie, les générations futures lui devront beaucoup.

Marie-Laure crée une association « FENETRE SUR … » (Loi 1901). Tout un symbole qui représente la célèbre porte de l’Ile de Gorée par laquelle les esclaves quittaient le continent et au travers de cette porte, l’Afrique a participé culturellement à ce Monde qui se transforme inexorablement.

La Fondation FENETRE SUR est dédiée à son fils, Jean Christophe HUBERT et à tous les enfants du monde handicapés ou non.

Elle met en œuvre la sortie d’une collection par le biais d’expositions itinérantes et par l’élaboration d’un livre – objet de référence de la collection – pour inciter à collectionner et favoriser des échanges et des débouchés potentiels pour les artistes.

Marie-Laure effectue l’ouverture d’un lieu devenant Maison des Artistes, agora où se retrouve le monde de l’Art.

Marie-Laure a également créé une banque d’Art : Avec la possibilité du Prêt des œuvres de la collection et l’achats d’œuvres nouvelles.

Mécène dans l’âme, elle organise des conférences et des expositions afin de consolider l’Art africain et mettre en lumière de nouveaux talents.

Pour votre longue carrière au sein de l’UNESCO, dont nous sommes reconnus comme ONG, votre sacerdoce à l’Art et la Culture d’un continent que l’on considérait comme sous-développé, la Ligue Universelle du Bien Public est honorée de vous remettre sa médaille d’OR*. » Source : Ligue Universelle du Bien Public, septembre 2018.

*Elle est également Chevalier des Arts et des lettres (arrêté du 17 juillet 2015)

 

Marie Laure Croisiers de Lacvivier dessinée par Marc Faivre

À ses côtés sur son canapé ou face à elle sur un pouf wax-décoré, il fallait savoir tenir cap dans l’échange, le partage…

Tenir cap de l’Intelligence, de l’Elégance, des réflexions métissées, de la géo-politique, de la “géo-artistique”…

L’Etendard des Arts affirmera toujours sa fluidité robuste face aux vents-mauvais, sa lucidité maîtrisée avec ceux tourbillonnants et si gais…

Merci Marie-Laure Croiziers, nous prenons les leçons et tentons le relais…

Marc Faivre.

 

 

 

Les obsèques de Marie-Laure Croiziers de Lacvivier auront lieu ce vendredi 3 janvier 2020 à 10h30, à l’église Notre-Dame de la Salette

Adresse : 33, rue de Cronstadt – 75015 Paris ou bien 27, rue de Dantzig 75015 Paris (il y a 2 entrées)
Métro : Convention, ligne 12
Bus : – 62, arrêt Place Charles Valins
– 95 arrêt Brancion Vouillé
et
– 89 arrêt Brancion Vouillé.
– Tram : T3A, arrêt Georges Brassens.
Un moment de recueillement collectif autour d’un verre de l’amitié est prévu après la messe.
L’accueil au crématorium du Père Lachaise est à 13h et sera réservé à la famille.
Adresse : 71, rue des Rondeaux – 75020 Paris

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Mike Sylla : bilan et nouveaux défis !

Cela fait 25 ans que Mike Sylla, designer sénégalais nous émerveille avec ses créations, véritables œuvres d’art à porter. Alors que ce passionné pluridisciplinaire s’attèle à l’organisation de son premier « Free Market Paris », prévu les 5 et 6 juillet 2018, il a bien voulu marquer une pause. Le temps de répondre aux 3 questions de FP. L’occasion pour la rédaction de rendre hommage à son génie créateur et à 25 ans de mode et de création avant-gardistes.

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Patricia Mowbray: Retour sur soi et Rendez-vous avec les autres…

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En l'écoutant, chemin faisant, répondre aux questions, l'évidence se dessine. Il y a, en elle, comme révélé presqu'imperceptiblement à la lumière, un éclair de candeur joyeuse, l'étincelle pétillante au mitan de la pupille et l'ébauche d'un sourire incandescent.

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Un groupe d'élèves
F.P. : Vous êtes également, avec votre époux, co-fondatrice de l’association Racines d'Enfance. Pouvez-vous nous en parler ?

Patricia Mowbray : A l’origine de Racines d’Enfance, il y a la problématique de l’adoption internationale qui, comme je l’ai dit plus haut, fait partie de moi, de mon histoire personnelle. Au fil des années, j’ai vu le débat sur l’adoption internationale faire l’objet d’amalgames et de préjugés de la part de la classe politique, et même d’une partie des médias. Cela m’a interpellée et j’ai donc décidé de m’engager en créant cette association. Au départ, nous étions une dizaine d’adoptés, de toutes origines. L’idée était de reconnaître cette partie de notre identité et de partager notre expérience. On voulait sortir de la vision un peu négative et misérabiliste de l’adoption.

Et cette flamme, cette force teinte son parcours de vie, comme elle illumine cette interview.
Rencontre avec une belle personne qui a fait de «l’acte d’accueil», sa priorité.
FP : Vous êtes auteur de « A comme adoption », paru en 2009, aux Editions Pascal. Surtout, vous avez, vous-même, été adoptée, très jeune. Que peut-on retenir de tout cela ?

Patricia Mowbray : Je dis souvent, d’une façon un peu amusée, que je suis une vieille adoptée. En effet, je suis née dans les années 50, et j’ai été adoptée, 2 ans et demi après ma naissance. Enfant d’un «couple mixte» (Danemark et Nigéria), j’aime à revendiquer ma  quadruple dimension, puisque mes parents adoptifs sont anglais et français.

Cette problématique de mélange, à l’époque, je ne l’ai pas trop mal vécue. On n’était pas très nombreux dans ce cas-là et on me l’a toujours présentée comme quelque chose de positif, de valorisant. Le seul problème, c’est que je ne disposais d’aucun repère, puisque dans le système français, on en dit le minimum sur l’origine de l’enfant. Je me suis donc nourrie d’un imaginaire tourné vers les Etats-Unis, puisque là, j’ai découvert une littérature qui mentionnait des gens de ma couleur, mais qui vivaient dans un espace occidental. Très tôt, les bouquins de Faulkner, Wright et bien d’autres m’ont accompagné. J’ai intégré les racines de ma famille adoptive, le Périgord est également une partie de ma terre et plus tard, je suis allée chercher mon identité africaine. C’est une démarche qui se construit dans le temps, un équilibre, simplement.

L'association écrit son nom sur la 8ème école avant l'inauguration le 7 janvier dernier
L'association écrit son nom sur la 8ème école avant l'inauguration le 7 janvier dernier

Petit à petit, l’association a grandi, on a mis en place une espèce de consultation où parents d’adoptés, adoptés et assistants sociaux en difficulté venaient nous voir et constater, en voyant en face d’eux des adoptés adultes heureux, ce qu’il était possible de devenir. On a aussi travaillé, à l’époque, avec le cabinet de Ségolène Royal pour l’abrogation de «l’accouchement sous X» et cela a abouti à la création du CNAOP, (Conseil national d’accès aux origines personnelles). Cette structure permet dorénavant à des enfants abandonnés sur le territoire français ou ailleurs, d’aller au plus près de leurs origines biologiques. Plusieurs milliers d’enfants ont ainsi pu accéder à leur dossier. Certains ont même pu retrouver leurs familles d’origine.  A titre personnel, j’ai été plusieurs fois invitée aux USA, dans le cadre de l’«American Adoption Congress ». C’est à la suite de ça, que j’ai écrit «A comme adoption» qui est un abécédaire et non mon histoire personnelle. Un livre qui présente l’adoption sous toutes ses formes, historique, sociologique, affective, dans le temps et l’espace. L’adoption existe effectivement depuis l’Antiquité! Enfin, c’était aussi important pour moi de me resituer dans la grande Histoire !

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Lavage des mains avant le repas

F.P. : Racines d'Enfance, c'est aussi, comme vous dites, une histoire "d'ancrage et d'héritage"....

P.M. : Ancrage et héritage, en effet, parce que nous avons été amenés progressivement à travailler avec et pour de très jeunes enfants. Pour bien comprendre notre démarche, il faut remonter aux origines de notre engagement, mon mari et moi. Nous nous sommes rencontrés dans un cadre associatif antiraciste. A ce titre, nous avons été amenés à voyager en Afrique, notamment au Sénégal. Après deux ou trois séjours dans ce pays, nous avons constaté que dans certains villages très excentrés en brousse, il y avait un gros problème avec les tout petits.  La tradition veut qu’ils soient confiés aux aînés. Mais dans les faits, qu’est-ce qu’un vieillard peut faire avec un enfant de 2 ans ou 4 ans? Les enfants de 7/8 ans étant à l’école, on se retrouve avec de jeunes enfants en déshérence. Spontanément, nous avons pensé qu’il fallait construire des écoles maternelles. Après un temps de réflexion et de concertation avec les populations locales, on a décidé de construire, avec les maçons du village, une «école maternelle», constituée de 2 salles de classe, 2 cases, 1 bloc sanitaire, 1 préau et 1 petit coin cuisine. Cela a été un peu compliqué mais finalement, la structure a été inaugurée joyeusement en 2004. Comme principes de fonctionnement, nous en avons imposé 4: la parité filles/garçons, le Français, parce que c’est la langue de l’enseignement au Sénégal, une initiation à l’hygiène et la neutralité, c’est-à-dire pas d’enseignement religieux dans les structures.

Pour plus de détails, les personnes intéressées peuvent visiter notre site Internet : www.racinesdenfance.org.

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Rénovation à Saal
F.P. : Quels sont vos projets pour les années à venir ?

P.M. : Prioritairement, nous allons continuer à construire des centres préscolaires pour les tout petits afin d’augmenter l’offre qui tourne autour de 12% au Sénégal. Avec 14 ans d’existence, on a plus de recul, on a prouvé la pérennité des structures que nous avons réalisées, on peut par conséquent prétendre à des levées de fond plus importantes et on s’y attèle. C’est l’objectif  pour cette année 2017. Dans le même temps, nous voulons étoffer un peu plus nos structures d’accueil. Depuis 2011, par exemple, on propose des visites médicales annuelles réalisées par des médecins locaux. Nous pensons aussi  à doter les tout petits de kits d’initiation à l’écologie, en prenant en compte le contexte et l’âge des enfants. Il y a également l’approvisionnement en eau et en électricité qui fait partie de nos projets. Il y a aussi la restauration des maternités, le désir de proposer aux petits une offre sportive, etc…

A terme, nous envisageons d’étendre notre concept à d’autres pays africains.  En attendant, nous nous proposons, d’ici 2 ou 3 ans, d’embaucher un collaborateur  qui s’occupera des tâches administratives.

F.P.: Vous avez été, en 2014, lauréate du 11e Prix Trofémina, dans la catégorie « Humanitaire ». Quelle importance accordez-vous à cette distinction ?

P.M. : Pour moi, au-delà de la légitime fierté que l’on peut éprouver en recevant une telle distinction, c’est surtout la reconnaissance du travail de tous les membres de l’association. Ce formidable coup de projecteur constitue aussi une ouverture, car cela nous confère une réelle crédibilité et cela permet des contacts, de faire connaître l’association et de communiquer.

F.P.: Vos combats occupent une grande place dans votre vie aujourd'hui. Qu'est-ce qui vous passionne encore ? Globalement, comment allez-vous aujourd'hui ?

P.M. : Fatiguée mais je vais bien (rires)! Mon autre activité, c’est l’écriture qui fait partie de ma vie. J’ai écrit ce bouquin sur l’adoption, réédité en 2011. J’en ai co-écrit un autre, vers 1982-1983, qui s’appelle Paris Pratique,  un des premiers guides ludiques de Paris. L’écriture m’a toujours accompagnée et là, je termine un livre sur la Chine et l’Afrique… L’écriture me donne «le loisir» de voyager. Pour moi, ça aussi c’est important; j’aime beaucoup être ici (ndlr en France) mais j’aime beaucoup partir, aller ailleurs et comme disent très souvent les femmes d’origine «afro-descendantes»: «Quand je suis ailleurs, je suis française»! Quand je voyage, c’est aussi un autre apport à mon altérité qui s’établit.

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Mike Sylla, une parfaite alchimie entre le Sénégal et l’Occident

Ce créateur styliste ingénieux, visionnaire génial et «accoucheur» de tendances peut se targuer d'avoir porter loin, très loin l'idée et la valorisation de «l'Art porté».

Mike Sylla

En 2017, Mike Sylla fêtera ses 25 ans de création. 25 ans d’une inspiration picturale, fraîche, fruitée, géométrique, rétro, symbolique et diablement sexy !

Ce créateur styliste ingénieux, visionnaire génial et «accoucheur»  de tendances peut se targuer d’avoir porter loin, très loin l’idée et la valorisation de «l’Art porté».

Revisitant des matières nobles comme le cuir ou le daim et leur insufflant une «nouvelle vie haute en couleurs», il développe ainsi depuis la fin des prolixes années 80 un style innovant et initie une atmosphère toute particulière à son travail, une essence «Street-Afro-Pop-Art» prolifique et vivante qui lui est bien propre.

De toutes ces oeuvres d’art uniques dont il est le forgeur, on retiendra, par exemple, le fameux «manteau Baifall Dream» qui a fait sa renommée ainsi que ses splendides robes griffées «Mike Sylla Couture».

Il signe ses premières œuvres «Baïfall Dream» en 1992 et fédère, sur la même lancée un collectif d’artistes «Baïfall Dream & The Human Tribe» autour de la marque réalisée en atelier. En 2001, il lance sa société Baïfall Dream, en plus d’être designer pour de nombreux couturiers.

Outre son talent de styliste, cet infatiguable précurseur sait mettre à profit ses dons d’artiste/concepteur, son sens inné du symbolisme et sa très grande créativité.

Tendanceur, il apporte sa contribution en tant que costumier auprès de chorégraphes du monde du spectacle. De nombreuses personnalités s’approprient ses créations et sont fidèles à son Art.

Compositeur, il réalise de multiples sonorités pour des professionnels de la production musicale et de la Haute Couture. Il joue d’ailleurs lui-même de la koralyre (guitare-cithare-kora-lyre), un instrument de musique unique. C’est à cette occasion qu’il sera nommé «designer au cœur de la poésie» pour le Label de la Slamophonie avec l’Organisation Internationale de la Francophonie (lancement officialisé, lors de la soirée «Slamophonie Spéciale Haiti» pour la célébration des 40 ans de la Francophonie).

Concepteur de spectacles, il monte plusieurs spectacles pluridisciplinaires liés aux Arts tels que l’Opéra Baïfall, Baïfall Dream & The Human Tribe, l’Afro Fashion Show by Mike Sylla, Le Slam Opéra, La Slamoperette et La Slamophonie pour l’Oralité, entre autres. 

C’est l’occasion pour lui, de démontrer que l’Art est multiple et mouvant. Grâce à une mise en scène étudiée, peinture, image, mode, musique et danse crée un véritable tableau vivant avec quarante artistes de cultures diverses participants, une vraie rencontre au sommet.

En mars 2013 à la Miami International Fashion Week, il reçoit le prix «Designers Choice Award». Il devient ainsi le premier Africain à inscrire son nom dans le palmarès de cet évènement annuel.

En mars 2014 à Accra, il est récompensé pour son talent et pour l’ensemble de son travail artistique dans le monde pour l’Afrique et sa diaspora.

Il présente au Ghana l’Afro Fashion show by Mike Sylla «Tribute to Mandela».

Et en juillet 2015, invité star à «IBE’s Fashion Here & Now Fashion Show» lors de la 45ème Edition de la Célébration d’Indiana Black Expo, il reçoit les trophées «International Excellence Award» en tant que « meilleur designer » et pour « son travail artistique » effectué au sein de la diaspora africaine et afro dans le monde.

Mike Sylla rendra également un bel hommage au célèbre artiste Michael Jackson en lui dédiant la création de pièces collectors, inspirées de son oeuvre. Il apporte aussi sa signature pour ses 20 ans de création lors d’un défilé Haute-Couture sur le thème «Afrosapiens» au Théâtre de Verdure du Musée du Quai Branly, à la Maison de l’Unesco à l’occasion du 10è anniversaire sur la «Diversité Culturelle pour la Communauté Internationale» devant quarante chefs d’Etats, sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris à l’occasion de l’exposition «Diasporas & Indépendances Africaines».

Mike Sylla est aussi généreux dans l’approche de sa création qu’à l’égard de du Sénégal (dont il est originaire), de l’Afrique en général et de sa diaspora et il a pris nombre d’initiatives visant à promouvoir la richesse, la diversité et la prodigualité de ces cultures.

Il a ainsi créé différents concepts qui favorisent la promotion de talents d’exception de l’Afrique, des Caraïbes et de sa diaspora tels que les évènements Afro Free Market Paris qui rassemble les créateurs et les artisans, Afro Expo Paris qui valorise l’Art et la créativité et Afro Fashion Week Paris qui permet aux stylistes et aux maisons de couture afro-caribéennes de présenter les dernières tendances de la mode sur le marché de la mode internationale.

En un mot comme en cent, Mike Sylla et Baïfall Dream promettent de nous en mettre encore plein la vue pour les prochaines 25 années et pour paraphraser le Maestro «Baïfall Dream est la mode portée qui porte la World Culture Couture». 

Et qui pare la femme contemporaine élégante d’atours hautement glamour !

En un mot comme en cent, Mike Sylla et Baïfall Dream promettent de nous en mettre encore plein la vue pour les prochaines 25 années et pour paraphraser le Maestro «Baïfall Dream est la mode portée qui porte la World Culture Couture».

Visitez le site de Mike sylla ici
Crédit photos: Stéphane Tourné
Porteriez-vous une création de Baïfall Dream? Dîtes-nous ce que vous préférez dans le travail de ce styliste, dans les commentaires en bas? 

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Marema: notre coup de coeur musical

Lauréate du Prix Découvertes RFI 2014, l'artiste sénégalaise Marema s'est distinguée par un style à la fois moderne et emprunt de traditions.
Avec Femmes d'Affaires, elle rend hommage aux femmes battantes et courageuses qui sont l'une de ses sources d'inspiration. Rencontre.

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Un mannequin nommé Khoudia

Un mannequin nommé Khoudia

Mannequin et chroniqueuse pour Tantine Matin (Télésud), la séduisante Khoudia Mbaye est installée à Paris depuis 2006. Elle a bien voulu répondre aux 3 questions de Femmes au Pluriel.

Comment avez-vous commencé le mannequinat ?

profil KhoudiaTout a commencé par une élection de miss au lycée Lamine Gueye à Dakar, alors que j’étais en classe de seconde. Je n’étais que la 1ère dauphine, mais cela a fait naître en moi un intérêt pour la mode. J’ai d’abord tenu à finir mes études qui étaient prioritaires. Trois ans plus tard, je me suis lancée. Ma passion, ma détermination pour le mannequinat m’ont permis d’en faire un métier, dès 2005.

Quel regard portez-vous sur la mode d’aujourd’hui ?

profil Khoudia

J’ai un regard positif et lucide :la mode est un domaine riche, ingrat et reconnaissant à la fois!

Les mannequins de ma génération ont la chance d’être arrivés à une époque où la mode s’est démocratisée à travers ses innombrables adeptes et acteurs actifs: créateurs, photographes, maquilleurs, coiffeurs, magazines…

Cela nous permet de bien travailler en toute dignité, mais aussi de nous épanouir à travers notre passion, tout en ayant d’autres ouvertures.

J’aimerais rendre hommage aux  créateurs avec qui j’ai travaillé ou collaboré. Leurs savoir-faire, leur créativité, leur courage, leur permet de révolutionner et d’améliorer davantage l’industrie de la beauté.

Quels sont vos créateurs favoris ?

profil Khoudia

C’est une question très difficile pour moi, car j’aime la grande majorité d’entre eux. Ils ont des styles très différents, ce qui est intéressant pour les mannequins car cela nous donne l’opportunité d’être polyvalentes et plus ouvertes. Merci aussi à Femmes au Pluriel pour son soutien aux artistes.

Par FP.

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